Les signalements de mouvements des Forces de soutien rapide (#FSR) autour d’El-Obeid, capitale du Kordofan-Nord, suscitent une inquiétude internationale croissante. L’ampleur et l’intention réelle de ces mouvements restent floues : les FSR pourraient être en train de se repositionner, de tester les défenses des Forces armées soudanaises (#FAS), ou simplement d’exercer une pression sans engager d’assaut. Pour les habitants de l’une des plus grandes villes du Soudan, cette incertitude n’a rien d’abstrait.
« Nous sommes profondément préoccupés par le risque d’une escalade imminente sur le terrain, qui exposerait environ 500 000 civils au risque d’être victimes d’atrocités de grande ampleur, parmi lesquels plus de 100 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays », a déclaré Tormod Endresen, ambassadeur de la Norvège auprès de l’ONU à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. (www.aljazeera.com)
La Norvège a délivré cette déclaration au nom de la Coalition pour la prévention des atrocités et la justice au Soudan, qui réunit le Royaume-Uni, l’Irlande, les Pays-Bas, la Norvège, l’Allemagne, le Canada, la France et la Sierra Leone. Le texte a également été cosigné par 21 autres pays.
La situation géographique d’El-Obeid explique cette inquiétude. La ville relie le Darfour, le Kordofan, la vallée du Nil et les routes menant vers Khartoum, et abrite des installations militaires importantes pour les deux camps. Depuis la mi-juin, des signalements situent des forces des FSR autour de plusieurs voies d’accès à la ville, notamment au nord, à l’ouest et au sud.
Dans cette situation, les FSR portent la responsabilité directe de toute action menée par leurs propres forces. Mais les FAS ont, elles aussi, un devoir qui leur incombe : celui qui découle du contrôle administratif de la ville. Cela implique le maintien de l’accès humanitaire, la garantie de déplacements sûrs, le fonctionnement des services essentiels et une planification active de la protection des civils.
Trois manquements sont déjà visibles. Concernant l’accès, les opérations humanitaires dépendent des autorisations délivrées par les autorités contrôlées par les FAS et par la Commission soudanaise d’aide humanitaire — un dispositif que le Protection Cluster décrit comme de plus en plus fragilisé, après plus de dix-huit mois de conditions proches du siège.
Concernant la liberté de mouvement, la pression exercée par les FSR autour de la ville, telle que rapportée, a rendu les voies d’accès précaires et coûteuses. Si les civils ne disposent d’aucun moyen abordable pour quitter la zone et que les convois d’aide ne peuvent circuler en sécurité, la valeur militaire de la ville se transforme en piège pour sa population civile.
Concernant les services essentiels, des frappes de drones signalées auraient endommagé des infrastructures, selon des déclarations onusiennes et diplomatiques. L’absence apparente de plans de contingence visibles pour les hôpitaux, l’approvisionnement en eau et la réponse d’urgence soulève également des interrogations sur les autorités qui contrôlent la ville.
« Beaucoup trop souvent, dans ce conflit, des mises en garde pourtant claires n’ont débouché sur aucune action concertée », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. (https://news.un.org/en/story/2026/06/1167752)
Les faits lui donnent raison. El-Obeid n’est pas la première ville soudanaise à approcher un tel seuil critique, et la pression internationale est, à plusieurs reprises déjà, arrivée trop tard pour éviter l’effondrement. Trois années de résolutions du Conseil de sécurité, de pourparlers de cessez-le-feu et de déclarations diplomatiques n’ont produit aucune paix — seulement une catastrophe gérée au jour le jour.
C’est cet échec dont hérite aujourd’hui El-Obeid : non seulement le danger d’une bataille, mais aussi ce risque devenu familier — que les civils soudanais ne soient protégés qu’une fois le moment de la prévention déjà passé.

