3 juillet 2026.
Une bombe a déchiré un café bondé situé près du Palais de justice de Damas jeudi, tuant au moins neuf personnes et en blessant vingt autres, dans une attaque qui a visé le tribunal même où le gouvernement de transition syrien poursuit en justice certaines des figures les plus tristement célèbres de l’ancien régime.
Le Palais de justice de Damas, site judiciaire central visé par procuration lors de l’attentat de juillet 2026. Source : mtcurado / Getty Images
L’explosion a frappé un café de la rue al-Nasr, dans le quartier al-Hijaz, à environ 100 mètres de l’entrée du palais de justice, selon le ministère syrien de l’Intérieur, qui a précisé que l’engin pesait environ un kilogramme et était bourré d’éclats métalliques. Des sources sécuritaires ont confié à Al Jazeera qu’un individu était entré dans le café, avait placé l’engin sous une table puis était reparti avant la détonation — ce qui suggère une attaque délibérée et préméditée.
Le moment choisi est difficile à dissocier de ce qui se déroulait à l’intérieur du bâtiment. Cette semaine, le Palais de justice examinait l’affaire Atef Najib, l’ancien chef des services de sécurité accusé d’avoir fait torturer des lycéens à Deraa en 2011 — l’épisode largement considéré comme ayant mis le feu aux poudres du soulèvement contre Bachar al-Assad. L’ancien grand mufti de Syrie, Ahmad Badreddin Hassoun, et le commandant de milice Wassim al-Assad avaient également comparu récemment devant ce tribunal. Le café était particulièrement fréquenté en raison des audiences en cours, attirant avocats, personnel judiciaire et visiteurs.
Aucun groupe n’a revendiqué l’attentat. Le gouverneur de Damas, Maher Marwan, a déclaré que des « éléments malveillants » tentaient de déstabiliser le pays et a promis que « ceux qui font couler le sang des Syriens paieront ». Osama Atika, commandant de la sécurité intérieure à Damas, s’est rendu sur les lieux peu après l’explosion pour superviser l’enquête. Reuters a rapporté que les autorités syriennes soupçonnent une implication de l’État islamique, invoquant la crainte que le groupe tente de réactiver des cellules dormantes afin de perturber la transition politique du pays. Cette évaluation n’a pas été confirmée de manière indépendante et n’a pas été reprise par les responsables présents sur place.
L’attentat soulève également des questions sur les conditions dans lesquelles un engin explosif a pu être déposé aussi près de l’un des sites gouvernementaux les plus sensibles de la capitale. Qu’un individu ait pu glisser un dispositif sous une table dans un café bondé, à proximité immédiate du palais de justice, sans attirer l’attention, illustre la difficulté de protéger contre des attaques clandestines même des quartiers gouvernementaux étroitement surveillés. Un analyste spécialiste de la Syrie, Kamal Abdo, a estimé que des milliers d’anciens responsables du parti Baath, d’officiers des services de renseignement et de membres de milices liés à l’ancien appareil sécuritaire demeuraient à l’intérieur du pays. Cette estimation n’a pas été vérifiée de manière indépendante, mais elle donne la mesure du défi que représentent le filtrage et la sécurisation du territoire pour le gouvernement de transition.
L’attentat de jeudi est le troisième acte majeur de violence à Damas depuis la chute d’Assad en décembre 2024, et chacun a visé un pilier différent de l’État que les nouvelles autorités syriennes s’efforcent de reconstruire. L’attentat contre l’église Mar Elias en juin 2025, revendiqué par un groupe extrémiste sunnite et attribué par les autorités à l’État islamique, avait fait 25 morts et était largement perçu comme une tentative d’attiser les tensions confessionnelles. Une voiture piégée devant le ministère de la Défense, dans le quartier de Bab Sharqi, le 19 mai, avait tué un soldat et blessé au moins 18 personnes, visant l’appareil sécuritaire. L’attaque de jeudi, en revanche, a frappé le processus judiciaire lui-même — le mécanisme par lequel le gouvernement de transition cherche à démontrer que c’est la justice, et non la vengeance, qui définira l’ordre post-Assad.
Quels qu’en soient les auteurs — militants extrémistes, vestiges de l’ancien régime ou tout autre acteur —, l’attentat illustre le défi central auquel font face les autorités de transition syriennes : protéger les institutions censées rendre justice tout en reconstruisant la confiance du public dans la capacité de l’État à garantir la sécurité. Il rappelle que si l’ère Assad a pris fin, la lutte de la Syrie pour instaurer un ordre post-guerre stable et responsable est loin d’être achevée.

