Lorsque la guerre civile soudanaise a éclaté à grande échelle en avril 2023, les civils ont cherché refuge dans les pays voisins. L’Égypte devait être l’une des options les plus sûres. On estime à 1,3 million le nombre de réfugiés soudanais vivant au Caire seulement. Plus de trois ans après le début du conflit, de nombreux Soudanais craignent désormais la détention, l’expulsion et le retour forcé.
Une enquête de Reuters, publiée le 24 juin 2026 (https://www.yahoo.com/news/articles/sudans-war-refugees-describe-horrors-103043622.html), a documenté la mort de trois réfugiés soudanais en détention en Égypte cette année. Trois responsables de la sécurité ont déclaré à Reuters que les autorités avaient expulsé plus de 5 500 ressortissants soudanais depuis novembre 2025 — une escalade spectaculaire par rapport aux quelque 100 expulsions formelles par an enregistrées en 2023 et en 2024. Reuters a précisé n’avoir pas pu vérifier de manière indépendante l’ensemble des chiffres relatifs aux détentions et aux expulsions.
D’anciens détenus ont décrit des cellules surpeuplées, une nourriture rare, des cas d’extorsion et de coups. L’une des victimes, Al-Nazir Al-Sadig, un lycéen de 18 ans, est mort après plus de trois semaines passées dans une prison du Caire. Sa famille et ses proches ont fait état de mauvais traitements et de conditions de détention déplorables. Le parquet a enregistré une pneumonie comme cause du décès, selon sa sœur, qui citait les propos d’un responsable judiciaire. Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante la cause réelle de ce décès.
Le traitement réservé par l’Égypte aux réfugiés soudanais ne relève pas d’un cas isolé. En décembre 2024, Le Caire a adopté une nouvelle loi sur l’asile, transférant à un comité gouvernemental la responsabilité des décisions relatives au statut de réfugié. Amnesty International et Human Rights Watch ont averti que cette loi risquait d’affaiblir la protection des réfugiés et des demandeurs d’asile, ainsi que le rôle des agences onusiennes.
Cette loi met également en lumière une hiérarchie plus large dans la politique régionale égyptienne. Le Caire rejette publiquement, comme une ligne rouge relevant de sa souveraineté, tout déplacement massif des Palestiniens hors de Gaza, envoie de l’aide humanitaire et soutient l’idée d’un État palestinien. Le déplacement des Soudanais est, lui, traité différemment : perçu moins comme une cause politique stratégique que comme un problème de sécurité et de gestion migratoire. La loi de décembre 2024 a fragilisé l’ensemble des réfugiés. Mais seules certaines formes de déplacement suscitent une attention internationale durable.
Ce qui rend ce constat plus frappant encore, c’est la position même du Caire sur la guerre au Soudan. L’Égypte a globalement soutenu les Forces armées soudanaises, se présentant comme la garante des institutions de l’État soudanais contre les Forces de soutien rapide. Pourtant, les autorités égyptiennes sont accusées d’expulser des civils soudanais en les renvoyant vers cette même guerre. Voilà la contradiction au cœur de la politique égyptienne à l’égard du Soudan : elle soutient l’armée, tandis que de nombreux civils liés à cette même armée affirment ne plus être en sécurité en Égypte.
Le HCR a souligné que les retours vers le Soudan ne devraient pas avoir lieu dans les circonstances actuelles, le conflit et la situation humanitaire ne permettant pas un retour sûr et durable. Le pays que les réfugiés soudanais ont fui reste en guerre.
Certains Soudanais quittent désormais l’Égypte pour la Libye. D’autres retournent au Soudan, non pas parce que ces itinéraires seraient sûrs, mais parce que la détention, l’expulsion et la séparation forcée des familles sont devenues des menaces plus immédiates. L’Égypte ne s’est pas tenue à l’écart de la guerre au Soudan. Elle a fait du refuge un nouveau point de pression dans la crise soudanaise.

