5 juillet 2026.
Taïwan fait face à des pressions simultanées en mer et dans ses propres salles de cours militaires, alors que Pékin intensifie son activité navale et celle de ses garde-côtes autour de l’île, et que Taipei répond par un mélange de patrouilles maritimes et d’un programme idéologique relancé à l’intention des officiers diplômés.
Des navires de guerre sino-russes naviguant en formation lors des exercices navals conjoints annuels. Source : Defense News
Le ministère chinois de la Défense nationale a annoncé dimanche que les marines chinoise et russe tiendraient l’exercice annuel Joint Sea-2026 du 6 au 13 juillet en mer Jaune, près de Qingdao, suivi d’une patrouille conjointe dans le Pacifique, selon l’agence Xinhua. La Flotte du Pacifique russe a indiqué que l’exercice — connu en Russie sous le nom d’Interaction Maritime-2026 — impliquera des navires de guerre, des sous-marins, de l’aviation navale et des unités de marines. La contribution russe comprend le croiseur Varyag, la corvette Rezky, le sous-marin Ufa et le navire de sauvetage Igor Belousov. La Chine déploie les destroyers Anshan et Kaifeng, la frégate Wuhu, un sous-marin de classe Yuan et deux navires de soutien, selon un communiqué de la Flotte du Pacifique russe repris par Pravda. Les deux gouvernements ont présenté ces manœuvres comme une coopération militaire de routine, non dirigée contre un pays tiers.
Cette annonce est intervenue un jour après que Joseph Wu, secrétaire général du Conseil de sécurité nationale taïwanais, a déclaré sur X que Taïwan suivait un déploiement record de plus de 110 navires militaires et de garde-côtes chinois opérant le long de la Première Chaîne d’îles — l’arc maritime stratégique s’étendant du Japon aux Philippines en passant par Taïwan. Wu a qualifié ce déploiement de « signe manifeste de l’expansionnisme » de Pékin. Taïwan avait signalé des déploiements similaires par le passé, dont un déploiement de plus de 100 navires en mai à la suite d’un sommet Trump-Xi à Pékin. Le chiffre de dimanche est le premier à franchir publiquement le seuil des 110 navires militaires et de garde-côtes chinois opérant simultanément le long de la chaîne d’îles.
Ce nombre de navires sans précédent a coïncidé avec une nouvelle patrouille des garde-côtes chinois à l’est de Taïwan. Le porte-parole des garde-côtes, Jiang Lue, a confirmé qu’un groupe opérationnel conduit par le patrouilleur Xiushan avait pris la relève de la formation Daishan le 4 juillet, poursuivant des patrouilles, des inspections de navires, la protection des pêcheries et des opérations de recherche et de sauvetage dans des eaux que Pékin revendique comme relevant de sa juridiction.
L’Administration des garde-côtes taïwanaise a indiqué avoir dépêché des navires pour escorter les bâtiments chinois, lesquels se sont approchés à environ 54 milles nautiques des côtes taïwanaises, et a rejeté catégoriquement la revendication de juridiction de Pékin, affirmant que « la Chine n’a absolument aucun droit souverain sur quelque espace maritime que ce soit entourant Taïwan ». Les responsables n’ont signalé aucune confrontation au cours de l’opération.
La localisation de la patrouille est stratégiquement significative. Contrairement au détroit de Taïwan, la côte orientale de l’île a traditionnellement été considérée comme sa zone arrière stratégique, abritant d’importantes installations militaires — dont la base aérienne fortifiée de Chiashan à Hualien — et susceptible de servir de corridor logistique en cas de conflit. Les opérations des garde-côtes chinois dans ces eaux représentent donc une extension de la présence de plus en plus persistante de Pékin au-delà de son activité plus habituelle à l’ouest et au sud de l’île.
La rotation — la deuxième depuis le début des patrouilles orientales en juin — témoigne également d’un changement de tempo opérationnel. Ce qui semblait initialement être une démonstration ponctuelle est en train de devenir un schéma récurrent. Chaque relève, présentée par Pékin comme une application routinière de la loi, normalise davantage une présence chinoise soutenue dans des eaux que Taïwan considère comme faisant partie de sa zone économique exclusive.
La réponse de Taipei ne se limite pas à la mer. Reuters a rapporté dimanche que l’armée taïwanaise avait repris l’enseignement politique anticommuniste obligatoire pour les officiers diplômés, après une interruption d’environ vingt-cinq ans. Le ministère taïwanais de la Défense nationale a précisé que les intervenants viendraient du Conseil des affaires continentales, du Conseil de sécurité nationale, du ministère de la Justice et de l’Academia Sinica, avec pour objectif déclaré d’aider les diplômés à développer « une conscience claire de l’ami et de l’ennemi ».
Le retour de ce programme, parallèlement au nombre record de navires et aux nouvelles patrouilles de garde-côtes, illustre la façon dont Taïwan perçoit de plus en plus le défi posé par Pékin comme dépassant les seules menaces militaires conventionnelles. Pression maritime, campagnes d’information et résilience politique deviennent des éléments interconnectés de la compétition trans-détroit. Les responsables taïwanais n’ont pas présenté la reprise de ces cours comme une réponse à un cas spécifique d’espionnage ou d’infiltration ; la justification officielle avancée est l’augmentation plus générale de la pression militaire chinoise.
Ni l’exercice naval sino-russe ni la dernière rotation des garde-côtes n’indiquent un mouvement imminent vers un conflit ouvert. Ensemble, ils renforcent néanmoins un schéma qui s’est imposé de façon croissante au cours de l’année écoulée : Pékin étendant méthodiquement sa présence militaire et d’application de la loi autour de Taïwan, tout en restant en deçà du seuil susceptible de déclencher une intervention directe des États-Unis ou de leurs alliés — une patrouille, une rotation et un exercice à la fois.

