La campagne de frappes à longue portée menée par l’Ukraine ne se traduit plus seulement par des raffineries en flammes ou des communiqués militaires. Elle se fait désormais sentir jusque dans les stations-service russes.
Un réservoir de pétrole de la raffinerie de Moscou explose à la suite d’une frappe des Forces armées ukrainiennes, le 20 juin 2026.
Files d’attente aux stations-service
Reuters a rapporté, le 29 juin, que les pénuries de carburant s’étaient étendues depuis la #Crimée occupée par la Russie jusqu’au sud de la #Russie, à certaines régions de #Sibérie, et même jusqu’à #Moscou, jusque-là largement épargnée. Les automobilistes font désormais face, dans la quasi-totalité du pays, à des restrictions sur les quantités de carburant qu’ils peuvent acheter, les limitations les plus sévères concernant les territoires ukrainiens occupés, une grande partie du sud de la Russie, ainsi que la Sibérie.
Une file de voitures à une station-service de Moscou, le 28 juin 2026.
Ces pénuries ne sont pas apparues du jour au lendemain. Elles font suite à plusieurs semaines d’attaques de drones ukrainiens visant des raffineries, des dépôts et des infrastructures pétrolières russes. Le 28 juin, l’#Ukraine a annoncé avoir frappé, dans la nuit, deux raffineries de pétrole, dont des installations situées dans les régions de Krasnodar et de Iaroslavl. Quelques jours plus tôt, Reuters avait rapporté que la raffinerie russe de NORSI, quatrième raffinerie du pays et deuxième plus importante productrice d’essence, avait cessé ses activités après une attaque de drones ukrainiens.
Le président Vladimir #Poutine a reconnu le problème le 28 juin, déclarant que la #Russie connaissait une « certaine pénurie » de carburant dans certaines régions. Cet aveu intervient après plusieurs semaines de tensions croissantes sur l’approvisionnement, de hausses de prix et de rationnement. #Moscou a mis en place une cellule de crise, examiné la possibilité d’importer du carburant, approuvé des modifications fiscales destinées à soutenir le marché intérieur, assoupli certaines normes de qualité du carburant et envisagé de nouvelles restrictions à l’exportation.
La péninsule de Crimée isolée
La Crimée constitue le cas le plus révélateur sur le plan politique. La Russie a annexé la péninsule, l’a militarisée et l’a reliée au continent par le pont de Kertch, érigé en symbole de pérennité. Aujourd’hui, ce territoire subit la pression des pénuries de carburant, de la perturbation des voies d’approvisionnement et des frappes ukrainiennes visant les infrastructures énergétiques et logistiques.
Reuters a rapporté que les autorités de #Crimée avaient suspendu la vente de carburant aux automobilistes privés, réduit les horaires de travail, ainsi que les services de transports publics.
À #Sébastopol, des ventes limitées d’essence aux particuliers ont provoqué de longues files d’attente, à des prix presque trois fois supérieurs à la normale.
La #Crimée ressemble ainsi de moins en moins à une base avancée et de plus en plus à une impasse logistique. Ses besoins militaires entrent désormais en concurrence avec la vie civile pour un approvisionnement en carburant de plus en plus restreint, tandis que l’Ukraine poursuit ses frappes contre les infrastructures qui soutiennent l’occupation russe et l’effort de guerre dans son ensemble.
Les cibles ukrainiennes sont clairement définies : raffineries, dépôts, voies de transport et chaînes d’approvisionnement qui alimentent la campagne militaire russe. L’objectif n’est pas de terroriser la population civile russe, mais d’affaiblir l’économie qui soutient l’invasion et de faire ressentir la guerre dans le quotidien des Russes eux-mêmes.
La réponse de la Russie
Le 29 juin, des frappes russes par missiles, drones et bombes planantes ont touché #Dnipro, #Zaporijjia et #Kharkiv, faisant des morts parmi les civils et des dizaines de blessés, selon des responsables ukrainiens cités par Reuters et l’AP. À #Dnipro, une frappe de missile a endommagé des habitations, une école, des véhicules et des commerces. À #Zaporijjia, un drone a touché un minibus de transport de passagers. À #Kharkiv, une bombe planante a tué une jeune femme et endommagé des transports publics ainsi que des véhicules.
Un employé du Bureau du procureur général d’Ukraine documente les conséquences de l’attaque menée par l’armée russe sur Kharkiv, le 29 juin 2026.
Moscou dément systématiquement viser délibérément des civils. Mais la dynamique de cette guerre n’est pas symétrique. L’Ukraine recourt à des frappes à longue portée pour viser les infrastructures pétrolières et les installations soutenant l’effort de guerre à l’intérieur même de la Russie. La Russie, elle, utilise de manière répétée missiles, drones et bombes planantes contre des villes ukrainiennes, des quartiers résidentiels, des réseaux de transport, des systèmes énergétiques et des infrastructures publiques.
Cette distinction n’est pas anodine. Les deux camps élargissent le périmètre géographique du conflit. Mais ils ne mènent pas le même type de guerre.
L’#Ukraine cherche à faire peser un coût sur les rouages de l’agression russe. La #Russie cherche, elle, à rendre la vie civile ukrainienne invivable, tout en poursuivant une guerre de conquête qu’elle a elle-même déclenchée.
Une puissance énergétique contrainte d’importer du carburant
Ces pénuries ne signifient pas que la #Russie soit au bord de l’effondrement. Elle demeure l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde, disposant des outils administratifs nécessaires pour réorienter l’approvisionnement, subventionner les prix et contenir la colère populaire. Mais la pression est suffisamment réelle pour que le Kremlin la reconnaisse publiquement.
Cette situation est également révélatrice sur le plan économique. La #Russie a interdit l’exportation d’essence et de kérosène, envisagé une interdiction des exportations de diesel, examiné des subventions à l’importation indexées sur les prix indiens, et sollicité le #Kazakhstan pour obtenir de l’essence afin d’atténuer les pénuries causées par les arrêts de raffineries. Reuters a également rapporté que la #Russie se préparerait à effectuer de rares importations maritimes d’essence en provenance d’Asie — une démarche extraordinaire pour un État dont la puissance repose historiquement sur le pétrole et le gaz.
Pendant des années, le #Kremlin a présenté cette guerre comme un événement dont les Russes ordinaires pouvaient rester à l’abri. La campagne de drones ukrainienne vient ébranler ce pacte tacite. Il s’agit là d’une réponse directe à la campagne de terreur menée par la Russie contre les villes ukrainiennes — non pas en imitant les attaques de Moscou contre des civils, mais en frappant le système pétrolier qui alimente l’invasion.
Le #Kremlin peut gérer des pénuries. Il ne peut plus, en revanche, entretenir l’illusion que cette guerre n’a aucun coût sur le sol russe.

