1er juillet 2026. Un programme conjoint de formation militaire rapporté cette semaine vient allonger une liste déjà longue de contacts entre Pékin et une machine de guerre russe que la Chine affirme pourtant ne pas soutenir.
Le ministre russe de la Défense, Andreï Belousov, aurait autorisé un programme secret dans le cadre duquel la Chine a formé quelque 200 militaires russes à la fin de l’année 2025, a rapporté Reuters le 1er juillet 2026, citant deux responsables européens et des documents consultés par l’agence.
Coordination militaire russo-chinoise. Source: China Photos / Getty Images
Au moins quatre généraux — deux russes, deux chinois — ont pris part au programme. Un stage de trois semaines, organisé à Pékin en novembre, portait sur la défense radiologique, chimique et biologique, incluant des cours de reconnaissance chimique et radiologique ainsi que la protection des systèmes de ventilation contre toute contamination. D’autres sessions, à Nankin et à Bengbu, étaient consacrées aux drones, aux explosifs, aux mines et à la guerre électronique.
Pékin dément ces informations et affirme que sa position sur l’Ukraine demeure inchangée.
Un plan de paix sans règlement
La position publique de la Chine repose sur un document publié le 24 février 2023 — premier anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie — intitulé « Position de la Chine sur le règlement politique de la crise ukrainienne ». Ce texte énonce douze principes, parmi lesquels le respect de la souveraineté, la fin des « sanctions unilatérales », la protection des civils et l’opposition à toute escalade nucléaire. Il ne désigne pas la Russie comme agresseur et n’appelle pas au retrait des forces russes. Le chancelier allemand Olaf Scholz avait alors estimé que le document ne constituait pas un plan de paix viable pour cette raison. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky lui avait réservé un accueil prudent, déclarant que tout règlement devrait inclure le retrait total de la Russie des territoires occupés.
Pékin a maintenu des canaux diplomatiques ouverts avec Kyiv et continue de vendre des biens civils et à double usage sur des marchés qui approvisionnent l’Ukraine. Sa diplomatie au plus haut niveau raconte pourtant une tout autre histoire. #Xi Jinping s’est entretenu avec Zelensky par téléphone en avril 2023 — seul appel public connu entre les deux dirigeants depuis le début de l’invasion. Durant la même période, Xi et le président russe Vladimir Poutine se sont rencontrés à plusieurs reprises, notamment lors des visites de Poutine en Chine et du voyage de Xi à Moscou en mars 2023.
La Chine parle aux deux parties. La Russie demeure le partenaire que Pékin tient le plus près.
La filière d’approvisionnement
La formation révélée cette semaine n’est pas un épisode isolé. Reuters avait rapporté en 2024 que la Russie avait mis en place en Chine un projet secret de développement de drones impliquant IEMZ Kupol, une filiale du groupe d’armement Almaz-Antey, destiné à concevoir et à produire des drones d’attaque à longue portée pour une utilisation en Ukraine. Pékin avait déclaré ne pas avoir connaissance du projet et contrôler strictement ses exportations de drones.
Des enquêtes ultérieures de Reuters ont établi que des moteurs de fabrication chinoise, expédiés sous la désignation d’« unités de refroidissement », équipaient des drones d’attaque russes engagés en Ukraine. Une autre enquête de l’agence a indiqué que des experts chinois en drones avaient collaboré avec un fabricant d’armement russe sous sanctions. Rien de tout cela ne prouve l’existence d’une décision d’État chinoise formelle d’armer la Russie. Cela démontre néanmoins que le territoire, les entreprises, les composants et les spécialistes chinois sont apparus à plusieurs reprises au sein du programme de drones russe.
Les gouvernements occidentaux ont adopté un ton plus direct. En avril 2024, de hauts responsables américains ont déclaré à l’Associated Press que la Chine aidait la Russie à mener à bien son expansion militaire la plus ambitieuse depuis l’ère soviétique, en lui fournissant des machines-outils, des composants microélectroniques, des technologies de drones et de missiles, des images satellitaires ainsi que d’autres soutiens à double usage. Le département d’État américain a par ailleurs affirmé que les importations chinoises comblaient des « lacunes critiques dans le cycle de production de défense russe ». Les dirigeants de l’OTAN ont ensuite qualifié la Chine de « facilitateur décisif » de la guerre russe, en raison de son soutien à la base industrielle de défense de Moscou. Le Royaume-Uni a sanctionné plusieurs entités chinoises en juin 2026 pour des livraisons présumées à destination de la Russie liées au secteur militaire. Pékin a rejeté ces accusations, affirmant promouvoir le dialogue tout en contrôlant ses exportations à double usage.
Toutes les réactions ne s’inscrivent pas dans cette lecture. Andreï Kartapolov, président de la commission de défense du parlement russe, a balayé les précédentes informations sur la formation de militaires russes en Chine, les qualifiant de « pure invention », et déclaré à RTVI que l’armée russe n’avait rien à apprendre de celle de Pékin. Sa remarque est aussi un rappel que la dépendance de Moscou à l’égard de la Chine peut s’avérer politiquement difficile à reconnaître.
Un échange dans les deux sens
La partie la plus déterminante de cette relation est peut-être ce que la Chine apprend, et non ce que la Russie reçoit.
Des évaluations internes russes consultées par Reuters ont salué les infrastructures de formation chinoises, les simulateurs et les instructeurs, tout en relevant le manque d’expérience combattante réelle de la Chine — une lacune pour une armée qui s’est modernisée rapidement mais n’a pas livré de guerre majeure depuis des décennies. La Russie, à l’inverse, a accumulé des années d’expérience en matière de guerre de drones, de guerre électronique, d’attrition par l’artillerie, de défense aérienne et d’opérations conduites sous sanctions.
Un ancien responsable du renseignement occidental a déclaré à Reuters que des officiers militaires chinois avaient été présents derrière les lignes russes, avec l’aval de Pékin, pour observer le conflit et en tirer des enseignements tactiques. Cette affirmation, rapportée le 11 avril 2025, n’a pas été corroborée de manière indépendante et doit être lue avec cette réserve. Elle s’inscrit néanmoins dans le schéma que révèle l’ensemble des éléments disponibles : la Russie accède à la profondeur industrielle et aux infrastructures de formation chinoises ; la Chine, elle, recueille les leçons de la plus grande guerre conventionnelle en Europe depuis 1945.
La dimension humaine a également fait surface. L’Ukraine a annoncé avoir capturé deux ressortissants chinois combattant pour la Russie dans l’oblast de Donetsk en avril 2025. Le président Zelensky a ensuite déclaré que les services de renseignement ukrainiens avaient identifié au moins 155 citoyens chinois aux côtés des forces russes. Des responsables américains ont indiqué que plus d’une centaine de ces citoyens semblaient être des mercenaires, sans lien direct apparent avec le gouvernement chinois. Pékin a qualifié les déclarations ukrainiennes d’irresponsables et affirmé conseiller à ses ressortissants d’éviter les zones de conflit.
Prisonniers de guerre chinois Zhang Renbo et Wang Guangjun lors d’une conférence de presse à Kyiv, le 14 avril 2025, sous escorte armée. Source : Getty Images
La Corée du Nord ajoute une dimension supplémentaire. Pyongyang a fourni à la Russie de l’artillerie, des missiles et des soldats, selon des évaluations ukrainiennes, américaines et sud-coréennes. Aucun élément public n’établit que Pékin ait orienté ce soutien. La Corée du Nord demeure néanmoins le partenaire stratégique le plus dépendant de la Chine et son État tampon ; son rôle croissant dans la guerre de la Russie soulève dès lors une question inévitable : ce que Pékin savait, ce qu’il a toléré et ce qu’il a choisi de ne pas arrêter.
Le président russe Vladimir Poutine marche aux côtés du dirigeant chinois Xi Jinping et du leader nord-coréen Kim Jong-un avant un défilé militaire marquant le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, à Pékin, le 3 septembre 2025. Alexander Kazakov / AFP / Getty Images
Au-delà de la neutralité
Rien de tout cela ne fait de la Chine une partie formellement engagée dans la guerre de la Russie. Pékin n’a pas déclaré publiquement soutenir Moscou par des livraisons d’armes létales et continue de se présenter comme un possible médiateur de paix. Mais le bilan accumulé est devenu difficile à concilier avec une neutralité stricte.
Ce qui a commencé comme une dépendance économique s’est élargi en quelque chose de bien plus lourd de conséquences : des composants à double usage, des chaînes d’approvisionnement liées aux drones, des contacts techniques autour de la production d’armements russes, des citoyens chinois présents du côté russe sur le champ de bataille, et désormais la formation de personnels russes dans des installations militaires chinoises.
Chacun de ces éléments peut être expliqué individuellement. Ensemble, ils dessinent une relation qui a évolué bien au-delà du langage diplomatique prudent que Pékin utilise pour la décrire.
La Russie demeure l’agresseur et porte l’entière responsabilité de l’invasion de l’Ukraine. Mais son effort de guerre ne repose plus sur elle seule. L’Iran fournit des drones. La Corée du Nord fournit des missiles, des munitions et des hommes. La Biélorussie apporte une profondeur stratégique. La Chine, elle, offre l’écosystème externe le plus précieux dont dispose Moscou : des marchés, des composants, des technologies, une couverture diplomatique et un accès aux enseignements militaires du conflit.
Pékin continuera peut-être à parler de paix. Moscou semble y entendre quelque chose de bien plus utile : du temps, des outils et la latitude nécessaire pour poursuivre la guerre.

