L’estimation publique du Pentagone sur le coût de la guerre contre l’Iran ne reflète qu’une partie du tableau financier, selon des évaluations internes du département de la Défense rapportées par des médias américains. Alors que des responsables ont publiquement chiffré le coût de la campagne à environ 30 milliards de dollars, les estimations internes situeraient désormais la facture globale entre 80 et 100 milliards.
L’écart est apparu pour la première fois en avril, lorsque CBS News a rapporté que des responsables au fait des évaluations internes du département de la Défense estimaient que la guerre avait déjà coûté près de 50 milliards de dollars — soit environ le double des 25 milliards qu’un responsable du Pentagone avait communiqués aux parlementaires quelques jours plus tôt.
Cet écart n’a cessé de se creuser. NBC News a rapporté que la dernière estimation interne s’établissait entre 80 et 100 milliards de dollars, tandis que le chiffre officiel du Pentagone demeure d’environ 30 milliards. Le suivi indépendant effectué par l’Iran War Cost Tracker, qui applique la méthodologie comptable opérationnelle du Pentagone, estimait les dépenses totales à 113,3 milliards de dollars à la date du cessez-le-feu du 16 juin, après 108 jours de combats.
Cet écart reflète la façon dont les coûts sont calculés. L’estimation publique du Pentagone couvre les dépenses opérationnelles directes — déploiements, carburant et munitions utilisés au combat. Elle n’inclut pas les nombreux coûts à plus long terme associés au conflit. Le contrôleur par intérim du Pentagone, Jules Hurst, a déclaré en mai devant la commission des forces armées de la Chambre des représentants que le département ne pouvait pas encore estimer le coût de la réparation des installations militaires endommagées pendant la guerre, faisant état de nombreuses « inconnues » concernant les besoins en reconstruction et en construction militaire.
Ces inconnues sont considérables. Des attaques iraniennes de missiles et de drones ont frappé des installations américaines au Koweït, au Bahreïn, en Jordanie et en Irak pendant le conflit, endommageant des systèmes radar, des abris d’aéronefs, des entrepôts et d’autres infrastructures militaires. La réparation de ces installations, le remplacement des aéronefs et actifs navals endommagés ainsi que le réapprovisionnement des stocks de missiles épuisés échappent tous au chiffre opérationnel public cité par le Pentagone.
Même si le Congrès approuve la demande de crédits supplémentaires d’environ 80 milliards de dollars soumise par le département de la Défense, le rétablissement des capacités militaires prendra considérablement plus de temps. Une évaluation du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) a conclu que les stocks de missiles de croisière Tomahawk et d’intercepteurs THAAD pourraient ne retrouver leur niveau d’avant-guerre qu’aux alentours de 2030, compte tenu des cadences de production actuelles, après les lourdes dépenses de guerre. Les stocks de JASSM devraient en revanche se reconstituer bien plus tôt — vers mi-2027 —, de grands contrats d’approvisionnement ayant déjà développé la production avant le début du conflit.
Cette distinction a des implications stratégiques qui dépassent le cadre budgétaire. Le remplacement de stocks de missiles sophistiqués dépend non seulement des crédits votés par le Congrès, mais aussi des capacités industrielles de production — laissant ainsi des capacités américaines clés de frappe à longue portée et de défense antimissile sous pression pendant des années après la fin des combats.


