Le président Donald Trump a ordonné au Pentagone de réduire sensiblement les exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, quelques heures seulement avant le début prévu des manœuvres Ulchi Freedom Shield de cette année. Dans un message publié dimanche sur Truth Social, Trump a affirmé que ces exercices étaient coûteux et « envoyaient un signal totalement inapproprié et hostile » à l’égard de la Corée du Nord, qu’il a décrite comme s’étant montrée « peu mençante et respectueuse » tout au long de sa présidence. Il a attribué ce jugement à sa « très bonne relation » avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.
Trump a indiqué avoir chargé le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, de mettre en œuvre cette réduction, le désignant dans son message par le titre de « secrétaire à la Guerre », un titre secondaire autorisé par un décret présidentiel de 2025 — le titre légal reste toutefois celui de secrétaire à la Défense, le Congrès n’ayant pas formellement renommé le département. Trump a reconnu que cette annonce intervenait trop tard pour annuler purement et simplement l’exercice, mais on ignorait encore lundi avec quelle rapidité et quelle ampleur le Pentagone pourrait mettre en œuvre cette réduction de manœuvres déjà engagées.
Trump a également formulé un grief distinct à l’égard de Séoul, affirmant avoir récemment demandé au président sud-coréen, Lee Jae-myung, si la Corée du Sud rejoindrait les efforts américains en faveur de la « dénucléarisation de la République islamique d’Iran ». Selon Trump, la réponse de Lee aurait été sans détour : « Non merci ! » Trump n’a pas précisé la forme de coopération qu’il avait sollicitée, bien que son administration ait multiplié les sollicitations auprès de ses alliés pendant la guerre contre l’Iran, y compris des demandes liées au détroit d’Ormuz.
Cette décision touche directement au fonctionnement opérationnel de l’alliance, plutôt que de relever d’un simple geste symbolique. L’exercice Ulchi Freedom Shield repose sur l’intégration conjointe des postes de commandement, des tests d’interopérabilité et une planification coordonnée des réponses ; l’édition de cette année devait inclure un exercice à tir réel destiné à tester le ciblage de précision conjoint, ainsi qu’une opération de franchissement de cours d’eau. Toute réduction substantielle imposée une fois les préparatifs achevés pourrait perturber ce cycle de planification, tandis que la manière dont Trump a associé cette décision au refus de Séoul sur le dossier iranien laisse penser qu’il utilise également la coopération militaire comme un levier, dans le cadre d’une approche plus transactionnelle de l’alliance, plutôt que de se limiter à des considérations budgétaires.
Malgré l’ordre de Trump, la Corée du Sud a maintenu les exercices comme prévu. L’exercice, d’une durée de onze jours, se déroulant du 17 au 27 août, mobilise environ 18 000 militaires sud-coréens, un niveau comparable à celui des années précédentes, tandis que le ministère sud-coréen de la Défense a indiqué lundi que les manœuvres « se déroulaient comme prévu ». Cet écart met en évidence le décalage entre les signaux politiques envoyés par Washington et l’exécution concrète des exercices sur le terrain. Une grande partie de l’exercice Ulchi Freedom Shield s’est déjà orientée, ces dernières années, vers des simulations de poste de commandement assistées par ordinateur plutôt que vers de vastes manœuvres sur le terrain — une évolution qui a contribué à atténuer les frictions politiques avec Pyongyang, sans pour autant résoudre les arbitrages en matière de disponibilité opérationnelle qu’implique la réduction des volets encore menés en conditions réelles.
Cette décision de Trump rappelle celle prise lors de son premier mandat, lorsque Washington avait suspendu ses principaux exercices avec la Corée du Sud à la suite du sommet de Singapour avec Kim, en 2018. La réduction actuelle intervient toutefois dans un contexte différent : la Corée du Nord a poursuivi ses essais de missiles balistiques et approfondi sa coopération militaire avec la Russie, et ses troupes ont acquis une expérience de combat en appuyant la guerre menée par Moscou en Ukraine. Le commandant en second des Nations unies pour la Corée, le général de division australien Scott Winter, a indiqué que les alliés avaient tenu compte, dans la planification de l’exercice de cette année, de l’usage technologique accru de la Corée du Nord, du développement de ses capacités balistiques et des enseignements tirés de la guerre russe.
L’ampleur avec laquelle le Pentagone appliquera la directive de Trump déterminera ses conséquences réelles. Une réduction limitée laisserait la disponibilité opérationnelle de l’alliance largement intacte, mais des coupes plus profondes mettraient à l’épreuve la solidité de la dissuasion élargie sur la péninsule coréenne, où environ 28 500 militaires américains restent stationnés, à un moment où les engagements sécuritaires de Washington dans l’ensemble de l’Indo-Pacifique sont déjà scrutés par des alliés attentifs à la manière dont l’administration traite Séoul.


