L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a mis en garde les colons israéliens contre toute tentative de s’emparer de biens américano-palestiniens en Cisjordanie occupée, affirmant que les personnes impliquées dans une tentative de mainmise sur des terres privées pourraient s’exposer à de graves conséquences en Israël, voire à des sanctions américaines. Cette intervention est notable dans la mesure où Huckabee est un soutien de longue date des colonies israéliennes, et elle survient alors que les attaques de colons et les déplacements de Palestiniens se multiplient, suscitant des critiques de plus en plus directes de la part de Washington.
Huckabee réagissait aux événements survenus à Qusra, au sud de Naplouse, où des colons avaient commencé à encercler des habitations palestiniennes dès le 9 août, dont celle appartenant à l’Américano-Palestinien Loui Ridi. L’affrontement a débuté lorsque des colons ont encerclé plusieurs habitations et tenté d’y établir une présence permanente. Les forces israéliennes ont par la suite écarté les colons des maisons, bien que des habitants aient affirmé qu’ils étaient restés à proximité. Ridi et un voisin ont hissé un drapeau américain au-dessus de sa maison après en avoir retrouvé l’accès.
Les États-Unis ont été « atterrés » par ces événements, a déclaré Huckabee à Reuters, décrivant les familles palestiniennes comme les victimes d’une activité criminelle « inexcusable et répugnante ». Citant les Dix Commandements, le pasteur baptiste a affirmé que des colons ne pouvaient pas simplement s’approprier des biens appartenant à autrui. Il a ajouté que les responsables pourraient s’exposer à des mesures américaines telles que des interdictions d’entrée sur le territoire, tout en précisant qu’il n’avait connaissance d’aucune sanction actuellement à l’étude.
Huckabee avait déjà qualifié les personnes impliquées de « terroristes israéliens » et indiqué que l’ambassade américaine s’était fortement mobilisée sur ce dossier. Il a néanmoins établi une distinction nette entre les auteurs de violences et le mouvement de colonisation plus large qu’il soutient de longue date, estimant que les responsables ne représentent qu’une infime minorité. Dans des entretiens accordés à des médias israéliens, il les a qualifiés d’« unsettlers » plutôt que de colons — un jeu de mots sur le terme anglais « settlers » —, les accusant de nuire à Israël tout en prétendant le défendre.
Cet affrontement survient dans un contexte de recrudescence plus large des violences de colons en Cisjordanie. Les Palestiniens et les organisations de défense des droits humains accusent régulièrement les autorités israéliennes de ne pas prévenir adéquatement ces attaques ni d’en tenir les auteurs responsables. Les organes de l’ONU, comme la majorité des gouvernements, considèrent les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée comme illégales au regard du droit international, une position que conteste Israël.
La dimension américano-palestinienne de cette affaire a accru l’implication directe de Washington. Huckabee a précisé que la mobilisation de l’ambassade devenait « automatique » dès lors qu’un citoyen américain était concerné. On estime que des dizaines de milliers d’Américano-Palestiniens vivent en Cisjordanie, nombre d’entre eux dans des villages situés entre Ramallah et Naplouse, et Ridi a indiqué à Reuters qu’il restait en contact avec le personnel de l’ambassade tout en continuant de subir des actes de harcèlement près de son domicile.
Les forces israéliennes ont interpellé au moins un Israélien et démantelé des avant-postes illégaux au cours d’opérations menées autour de Qusra, mais Reuters a rapporté jeudi qu’aucun colon n’avait été arrêté ni inculpé pour la tentative présumée de mainmise sur le bien américano-palestinien. Washington a également pressé le Premier ministre Benyamin Netanyahou de condamner publiquement cet incident, ce qu’il n’a pas fait.
L’intervention de Huckabee constitue donc un test : celui de savoir si la rhétorique inhabituellement tranchée de Washington — y compris un ambassadeur prêt à qualifier des colons israéliens violents de terroristes — se traduira par des conséquences concrètes lorsque des terres palestiniennes privées et des citoyens américains sont visés.


