La Corée du Nord a déclaré lundi qu’elle continuerait de renforcer son arsenal nucléaire, rejetant l’idée que les récentes initiatives du président américain Donald Trump visant à réduire la pression militaire pourraient conduire à un apaisement des tensions sur la péninsule coréenne. Un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères a affirmé que la politique « hostile » de Washington demeurait inchangée et a qualifié l’arsenal nucléaire du pays de « garantie absolue » de sa souveraineté.
Cette déclaration, rapportée par Reuters, pointait du doigt les exigences américaines persistantes de dénucléarisation complète, les critiques visant le bilan de la Corée du Nord en matière de droits humains, ainsi que la coopération militaire avec la Corée du Sud et le Japon. Le porte-parole a affirmé qu’il était « inutile » d’espérer un quelconque apaisement des tensions régionales tant que Washington maintiendrait son approche actuelle.
Cette déclaration intervient alors que Trump a ordonné ce mois-ci au Pentagone de réduire significativement les exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud. Trump a invoqué le coût de ces manœuvres et affirmé qu’elles envoyaient un mauvais signal à la Corée du Nord, tout en insistant de nouveau sur sa relation avec Kim Jong Un. Séoul a également déclaré soutenir la relance du dialogue entre Washington et Pyongyang, sans toutefois signaler de changement dans sa propre posture de défense.
La Corée du Nord n’a guère laissé entendre que la réduction des exercices modifierait sa politique nucléaire. Pyongyang affirme que l’objectif persistant de dénucléarisation affiché par Washington démontre que la position américaine sous-jacente n’a pas changé. Les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon se préparent par ailleurs à tenir leur exercice trilatéral Freedom Edge du 7 au 11 septembre, avec des entraînements incluant la défense antimissile balistique et la lutte anti-sous-marine.
Des estimations indépendantes indiquent que l’arsenal nord-coréen continue de croître. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) a estimé que la Corée du Nord possédait environ 60 têtes nucléaires au début de 2026. La Fédération des scientifiques américains évalue de même à environ 60 le nombre d’armes assemblées, tout en estimant que Pyongyang pourrait avoir produit suffisamment de matière fissile pour au moins 90 têtes. La taille exacte de l’arsenal demeure inconnue, la Corée du Nord n’offrant pratiquement aucune transparence sur son stock nucléaire.
La base matérielle permettant une nouvelle croissance s’élargit également. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué en avril que la Corée du Nord augmentait fortement sa capacité en armes nucléaires, citant l’activité observée au réacteur de 5 mégawatts de Yongbyon et dans les installations de retraitement, ainsi que des indices d’une capacité d’enrichissement d’uranium élargie. La poursuite de la production de plutonium et d’uranium hautement enrichi permettrait à Pyongyang de transformer son engagement politique en faveur d’un arsenal plus important en armes nucléaires supplémentaires.
Cet engagement nucléaire s’accompagne également de changements dans la direction militaire nord-coréenne. Kim a nommé Kim Song-gi ministre de la Défense, muté son prédécesseur No Kwang-chol à un poste supérieur au sein du département de l’Industrie des munitions, et rétabli le commandant chevronné Pak Jong-chon comme vice-président de la Commission militaire centrale. Reuters a rapporté que ce remaniement intervient alors que Pyongyang développe ses armements et approfondit sa coopération militaire avec la Russie.
Cette relation a modifié la position stratégique de la Corée du Nord depuis la précédente diplomatie de Trump avec Kim en 2018 et 2019. Pyongyang a fourni des missiles balistiques et d’autres formes de soutien militaire à la Russie, tandis que les deux pays ont signé un partenariat stratégique comportant un engagement de défense mutuelle. Cette relation confère à la Corée du Nord un partenaire diplomatique et sécuritaire puissant, dont elle ne disposait pas lors du précédent cycle de négociations avec Washington.
L’obstacle immédiat à la reprise des négociations est donc plus profond que la simple organisation d’une nouvelle rencontre entre Trump et Kim. Washington continue de considérer la dénucléarisation comme un objectif, tandis que Pyongyang présente de plus en plus la possession nucléaire permanente et croissante comme le fondement de sa sécurité nationale. La déclaration de lundi suggère que la tentative de Trump de réduire les tensions militaires n’a jusqu’à présent guère réduit ce clivage fondamental. L’approfondissement de la relation de Pyongyang avec Moscou signifie également que toute nouvelle négociation partirait d’un environnement stratégique nettement différent de celui des rencontres entre Trump et Kim en 2018 et 2019.


