Une crête de 600 mètres dans le sud du Liban est devenue l’un des champs de bataille les plus importants de la guerre entre Israël et le Hezbollah, concentrant les obstacles militaires et politiques qui ont empêché l’un et l’autre camp de progresser vers un règlement durable. Les forces israéliennes et les combattants du Hezbollah se battent depuis des mois pour le contrôle de cette position, connue sous le nom d’Ali al-Taher, malgré les efforts diplomatiques successifs pour mettre fin aux combats. Ce qui se joue sur cette seule crête est devenu le symbole du différend plus large sur la manière — et la possibilité même — de démanteler la structure militaire du Hezbollah dans le sud du Liban.
Ali al-Taher s’élève à environ 15 kilomètres de la frontière israélienne et surplombe de vastes portions du sud-est du Liban. Israël a fait du contrôle de cette crête un objectif majeur de sa campagne, tandis que le Hezbollah affirme que ses combattants y demeurent malgré des mois de frappes israéliennes et d’opérations terrestres. Des sources sécuritaires libanaises ont déclaré à Reuters que le Hezbollah avait aménagé des installations de commandement souterraines et des dépôts d’armes sous cette crête, bien que l’ampleur précise de ce réseau ne puisse être vérifiée de manière indépendante.
Cette position revêt de l’importance en raison de ce qui l’entoure. Ali al-Taher surplombe les voies d’accès vers Nabatieh et se trouve à proximité d’Iqlim al-Tuffah, une région montagneuse qui sert depuis longtemps de bastion et de zone logistique importante pour le Hezbollah. Son altitude confère aux forces qui l’occupent une vue dominante sur le territoire environnant. Israël contrôlait également Ali al-Taher durant son occupation du sud du Liban, avant de s’en retirer en 2000.
Israël a attaqué cette crête à plusieurs reprises depuis le début de la guerre actuelle, le 2 mars. Son armée affirme que ces opérations ont endommagé les infrastructures souterraines du Hezbollah, tandis que le Hezbollah insiste sur le fait qu’il en conserve le contrôle. Ni les affirmations de l’un ni celles de l’autre camp n’offrent une image complète de la situation à l’intérieur de cette position, mais la poursuite des combats démontre qu’Israël n’a pas réussi à retirer cette crête du réseau militaire du Hezbollah, malgré une pression soutenue.
La confrontation est restée active ces derniers jours. Le Hezbollah a lancé des drones explosifs contre les forces israéliennes opérant autour d’Ali al-Taher, tandis qu’Israël a répliqué par des frappes contre des cibles du Hezbollah autour de Nabatieh. Ces échanges font de la crête bien plus qu’une position défensive statique : elle demeure partie intégrante d’un champ de bataille actif, reliant les infrastructures militaires restantes du Hezbollah à la tentative israélienne d’établir une plus grande profondeur sécuritaire au nord de la frontière.
Un champ de bataille lié à un accord politique
L’importance d’Ali al-Taher dépasse désormais le champ de bataille, car cette crête jouxte l’une des zones où Washington a tenté de tester une formule pour mettre fin à la guerre. Cette formule repose sur un principe simple : si les forces de l’État libanais peuvent remplacer en toute sécurité les troupes israéliennes en un lieu donné, la même séquence pourrait fonctionner ailleurs. Ali al-Taher montrera si ce principe résiste là où le terrain lui-même — et pas seulement la volonté politique — s’oppose au désarmement.
Israël s’est retiré en juillet de Zaoutar al-Gharbiyeh dans le cadre d’un dispositif pilote négocié par les États-Unis, destiné à relier les retraits israéliens au déploiement de l’armée libanaise et au retrait des armes et des infrastructures militaires du Hezbollah. Le concept plus large est simple : les forces de l’État libanais étendent leur autorité à mesure que les troupes israéliennes se retirent, remplaçant progressivement la confrontation armée par le contrôle étatique. Ali al-Taher jouxte cette zone pilote et, contrairement à la ville elle-même, demeure sous contestation active des mois plus tard.
Ce mécanisme s’est enlisé sur la même question qui a fait obstacle aux précédentes tentatives de désarmement du Hezbollah. Le Hezbollah affirme qu’il ne rendra pas ses armes tant qu’Israël occupera le territoire libanais et poursuivra ses attaques à l’intérieur du pays. Israël, de son côté, soutient que de nouveaux retraits ne peuvent avoir lieu tant que le Hezbollah n’est pas désarmé et empêché de revenir sur des positions abandonnées par les troupes israéliennes.
Ali al-Taher réunit ces conditions contradictoires. La présence continue du Hezbollah empêche l’armée libanaise d’assumer un contrôle incontesté de la crête. Les opérations militaires israéliennes en cours renforcent l’argument du Hezbollah selon lequel ses armes demeurent nécessaires. Chaque camp invoque donc les actions de l’autre pour justifier son refus de franchir l’étape qui lui est demandée.
Cette impasse place également le gouvernement libanais dans une position de plus en plus difficile. Beyrouth subit une pression internationale pour établir un monopole étatique sur la force armée, mais son armée doit y parvenir sans déclencher une confrontation avec le Hezbollah, alors que les forces israéliennes demeurent à l’intérieur du Liban et que les frappes israéliennes se poursuivent. Les autorités libanaises ont cherché à obtenir le retrait du Hezbollah d’Ali al-Taher, ce qui souligne à quel point le contrôle de positions individuelles est devenu lié à la question plus vaste de savoir si l’État libanais peut réellement remplacer militairement le groupe.
La recherche d'une force après la FINUL
Les gouvernements internationaux étudient désormais comment renforcer cette présence étatique. Plus de dix pays de l’Union européenne sont prêts à fournir du personnel pour une mission proposée, chargée de conseiller et de former les forces armées libanaises, a déclaré cette semaine la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. Cette mission soutiendrait les forces libanaises dans des domaines incluant la sécurité des frontières, tout en aidant l’armée à concentrer ses ressources sur l’établissement de l’autorité de l’État et le désarmement du Hezbollah. La planification progresse, l’UE visant une décision du Conseil pour lancer la mission en octobre, selon Kallas.
Cet effort est devenu plus urgent car l’architecture internationale de sécurité existante dans le sud du Liban approche de son terme. Le Conseil de sécurité de l’ONU a accordé à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) sa dernière prolongation de mandat en 2025, la FINUL devant cesser ses opérations à la fin de 2026, avant d’entamer son retrait. L’UE présente sa mission proposée comme un vecteur destiné à renforcer les institutions libanaises afin qu’elles puissent elles-mêmes exercer l’autorité sécuritaire, plutôt que comme un simple remplacement de la FINUL.
D’autres propositions vont plus loin. Israël et le Liban se sont accordés sur la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suisse et l’Indonésie comme participants potentiels à un mécanisme qui pourrait déployer du personnel étranger pour vérifier le désarmement du Hezbollah, selon des personnes au fait des discussions ayant parlé à Reuters en août. Ce mécanisme demeure en discussion et ne constitue pas encore un déploiement convenu.
Ces initiatives dépendent en définitive des conditions sur le terrain. Former l’armée libanaise, déployer des observateurs internationaux ou créer des mécanismes de vérification ne peut, à eux seuls, résoudre le différend fondamental sur l’ordre des étapes : le Hezbollah doit-il désarmer avant qu’Israël ne se retire, ou Israël doit-il se retirer avant que le Hezbollah n’abandonne ses positions militaires ? Ali al-Taher illustre pourquoi : des mois de frappes israéliennes et de fortifications souterraines signalées sur place montrent que la seule pression militaire n’a pas résolu ce différend sur l’ordre des étapes, et les propositions diplomatiques n’ont pas encore été mises à l’épreuve face à une position qu’aucun des deux camps ne veut céder.
Ali al-Taher est devenue l’expression physique de ce problème. Israël pourrait tenter de s’emparer purement et simplement de la crête, mais un assaut contre des hauteurs fortifiées et des positions souterraines pourrait imposer des coûts considérables. Un siège prolongé ou la poursuite des frappes pourrait réduire ces risques immédiats tout en laissant le champ de bataille sans issue. Le Hezbollah, de son côté, dispose d’incitations militaires et politiques fortes à démontrer qu’il peut encore priver Israël du contrôle d’un territoire stratégiquement important, malgré les pertes subies pendant la guerre.
Le contrôle d’une seule crête ne décidera pas de l’avenir du Liban. Mais ce qui se joue à Ali al-Taher mettra à l’épreuve la viabilité même du règlement en cours d’élaboration. Cela montrera si le Hezbollah peut être délogé par les forces de l’État libanais plutôt que par l’occupation israélienne, si Israël est prêt à se retirer une fois cela accompli, et si des garanties internationales peuvent rompre un cycle dans lequel chaque camp considère le retrait de l’autre comme le prix de son propre retrait.


