Un haut commandant de l’armée de l’air russe, accusé par l’Ukraine d’avoir ordonné des frappes de missiles contre des cibles civiles, aurait été grièvement blessé jeudi après qu’un tireur non identifié a ouvert le feu près d’Engels, dans la région russe de Saratov. Le général de division Nikolaï Varpakhovitch est le dernier en date des hauts responsables militaires russes visés loin de la ligne de front depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, bien qu’aucun élément n’établisse actuellement qui est responsable de l’attaque de jeudi.
Les enquêteurs russes ont confirmé qu’un officier des Forces aérospatiales avait été touché par balles dans la localité de Proboujdenié, près de la base de bombardiers stratégiques d’Engels, et ont ouvert une enquête pénale pour tentative de meurtre. Les autorités russes n’ont pas publiquement identifié la victime, mais des médias russes et des canaux Telegram liés à la sécurité l’ont nommée comme étant Varpakhovitch, commandant de la 22e division aérienne de bombardiers lourds de la Garde. Meduza a rapporté qu’un agresseur portant un casque de moto avait tiré deux fois avant de prendre la fuite, touchant Varpakhovitch au torse et à la tête ou au visage.
Les témoignages divergent quant au lieu précis de l’attaque, certains rapports situant la fusillade devant le domicile de Varpakhovitch, d’autres près d’un magasin. Son chauffeur a également été blessé, mais a survécu. Des médecins ont retiré les deux balles logées dans le corps de Varpakhovitch et se préparaient à le transférer à Moscou pour des soins complémentaires, selon Meduza. Aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité de cette fusillade, et aucun élément crédible n’établit actuellement une implication ukrainienne.
Cette attaque intervient trois jours après que le Service de sécurité d’Ukraine et le parquet général ont formellement accusé Varpakhovitch par contumace d’avoir ordonné la frappe de missile du 8 juillet 2024 contre l’hôpital pédiatrique Okhmatdyt de Kyiv. Les enquêteurs ukrainiens affirment que Varpakhovitch a donné l’ordre de combat et que des forces sous son commandement ont ensuite lancé un missile de croisière Kh-101 depuis un bombardier Tu-95MS, qui a frappé l’hôpital alors que plus de 600 patients s’y trouvaient. Deux personnes ont été tuées et le bâtiment de toxicologie de l’hôpital a été détruit.
Varpakhovitch avait déjà été sanctionné par l’Union européenne en décembre 2024 pour son commandement de la division impliquée dans l’attaque d’Okhmatdyt. L’Ukraine l’accuse par ailleurs d’implication dans la frappe de missile du 28 avril 2023 contre un immeuble d’habitation à Ouman. Les enquêteurs ukrainiens affirment que Varpakhovitch, alors colonel, et un autre commandant russe ont préparé et exécuté cette attaque sur ordre du chef de l’aviation à long rayon d’action de la Russie. Deux missiles de croisière ont frappé l’immeuble résidentiel, tuant 24 civils, dont six enfants.
Cette fusillade intervient dans le cadre d’une série plus large d’attaques visant de hauts responsables militaires russes à l’intérieur même de la Russie. La plus marquante fut l’assassinat, en décembre 2024, du lieutenant-général Igor Kirillov, chef des troupes russes de protection nucléaire, biologique et chimique, tué par l’explosion d’une bombe dissimulée dans une trottinette électrique devant un immeuble à Moscou. Le Service de sécurité d’Ukraine avait revendiqué la responsabilité de cette opération, décrivant Kirillov comme une cible légitime en raison de son rôle dans la guerre menée par la Russie.
D’autres officiers russes ont été tués ou visés par des attentats à la bombe et des fusillades depuis 2022, créant un problème de sécurité de plus en plus visible pour le personnel militaire situé à des centaines de kilomètres du champ de bataille. Ces affaires ont toutefois considérablement différé quant à la méthode et à l’attribution, et la responsabilité ukrainienne dans de précédentes attaques n’établit pas de responsabilité dans la tentative visant Varpakhovitch.
La position de Varpakhovitch rend néanmoins la fusillade de jeudi particulièrement significative. La 22e division aérienne de bombardiers lourds de la Garde exploite des bombardiers stratégiques impliqués dans la campagne de missiles à longue portée de la Russie contre l’Ukraine, tandis que les enquêteurs ukrainiens ont personnellement relié son commandant à deux attaques ayant tué des civils. Quiconque l’a visé a frappé un général en exercice, lié à l’une des composantes les plus lourdes de conséquences de la guerre que poursuit la Russie : la force d’aviation stratégique utilisée pour lancer des missiles de croisière contre les villes ukrainiennes.


