Le gouvernement taïwanais a contesté cette semaine l’idée que ses préparatifs militaires seraient provocateurs, soutenant que la démonstration de force quasi permanente de Pékin est la véritable source des tensions. Lin Fei-fan, secrétaire général adjoint du Conseil de sécurité nationale de Taïwan, a défendu cette position lors d’un forum de sécurité à Taipei le 7 juillet, selon Outlook India, citant des dépêches d’agence. Il a souligné que Taïwan n’envoie ni aéronefs ni navires dans l’espace aérien ou les eaux chinois — contrairement à la Chine, qui a effectué 134 incursions aériennes dans la zone d’identification de défense aérienne de Taïwan en juin seulement, même si le ministère taïwanais de la Défense a également enregistré 12 jours sans incursion ce mois-là, selon l’American Enterprise Institute.
Cette déclaration intervient parallèlement à un durcissement concret. Le 1er juillet, Taïwan a activé un nouveau Commandement de combat littoral, réorganisant ses unités de missiles antinavires Hai Feng en quatre groupes de frappe régionaux combinant les missiles taïwanais Hsiung Feng avec des Harpoons fournis par les États-Unis — un dispositif que des analystes qualifient de « toile de destruction littorale », conçue pour submerger les défenses navales par des frappes étagées, selon IgMp. L’inventaire de missiles antinavires de Taïwan devrait dépasser 1 400 unités d’ici la fin de l’année.
Ce renforcement se poursuit malgré un revers budgétaire. Le gouvernement du président Lai Ching-te avait demandé un budget de défense spécial de 1 250 milliards de dollars taïwanais en novembre dernier, mais la majorité législative d’opposition KMT-TPP a adopté le 8 mai une version réduite à 780 milliards, amputant près de 40 % des crédits et excluant les programmes domestiques — dont le bouclier antimissile balistique Strong Bow — au profit d’achats d’armements américains déjà certifiés, selon la Jamestown Foundation. Washington a averti que ces coupes risquaient d’envoyer un signal de concession à Pékin ; le KMT les a qualifiées de contrôle budgétaire, et non de désarmement.
L’initiative taïwanaise de résilience civile, que Lin contribue également à piloter, est de plus en plus présentée comme une réponse à la pression psychologique autant qu’aux menaces militaires : sa planification suppose que « la quasi-totalité des dimensions de la vie taïwanaise », y compris l’espace informationnel, sera mise à rude épreuve en cas de crise, selon la Prospect Foundation.
Le Bureau des affaires taïwanaises de Chine n’a pas répondu aux propos de Lin. Pékin a précédemment rejeté des déclarations similaires en termes plus vifs, le porte-parole Chen Binhua qualifiant Lai de « saboteur de la paix, fauteur de troubles et belliciste », selon Xinhua, cité par NPR.
La question à surveiller désormais est de savoir si Pékin répondra à cette prise de position par de nouveaux exercices militaires, ou si la législature de Taipei reviendra sur les postes de défense non financés.


