Les forces américaines et iraniennes se sont mutuellement frappées pour la troisième fois en une semaine — un échange qui confirme l’effondrement du cadre de cessez-le-feu établi par le mémorandum d’entente du 17 juin, et non un nouveau cycle de représailles contenues qui avait défini le conflit depuis avril. Le président Donald Trump a déclaré le cessez-le-feu « terminé » le 8 juillet, et les frappes qui ont suivi ont dépassé en ampleur et en portée géographique le schéma des flambées précédentes.
Le Commandement central américain (CENTCOM) a indiqué que les forces américaines avaient frappé environ 140 cibles militaires à travers l’Iran samedi, dont des sites de missiles et de drones, des capacités navales, des dépôts de munitions, des réseaux de communication et des positions de surveillance côtière. Selon le CENTCOM, cette dernière opération porte à plus de 300 le nombre total de cibles américaines déclarées cette semaine et vise à dégrader la capacité de l’Iran à attaquer des marins civils et des navires commerciaux transitant par le détroit d’Ormuz. Cet objectif explique pourquoi les installations de surveillance et de communication figuraient en bonne place parmi les cibles : Washington soutient qu’elles font partie intégrante du réseau de ciblage maritime iranien, et non de simples infrastructures de soutien.
L’opération a fait suite à une attaque iranienne contre le porte-conteneurs battant pavillon chypriote GFS Galaxy, qui, selon le CENTCOM, a subi d’importants dommages en salle des machines ainsi qu’un incendie, laissant un membre de l’équipage porté disparu. Les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré que le navire avait emprunté ce qu’ils ont décrit comme une route de transit non autorisée, et que leurs forces avaient tiré ce qu’ils ont qualifié de coup de semonce.
Cette explication s’inscrit dans une politique iranienne plus large qui s’est dessinée ces dernières semaines. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a répété à maintes reprises aux armateurs que les routes à travers Ormuz établies sans coordination avec Téhéran étaient « inacceptables et dangereuses », enjoignant aux navires de contacter la marine du CGRI avant de transiter par le détroit. En mai, le département américain du Trésor a sanctionné l’Autorité iranienne du détroit du golfe Persique, l’accusant d’aider Téhéran à établir un contrôle réglementaire de facto sur l’un des points d’étranglement maritimes les plus stratégiquement importants au monde. Oman a par ailleurs proposé de diviser le détroit en un corridor maritime international au sud et une voie nord nécessitant une coordination avec l’Iran, bien que ni Washington ni Téhéran n’aient formellement approuvé cette proposition.
La riposte iranienne a atteint des cibles plus lointaines que lors des cycles précédents. Les Émirats arabes unis et le Qatar ont signalé avoir intercepté des attaques iraniennes dirigées contre leur territoire. Par ailleurs, le CGRI a revendiqué la destruction d’un centre de commandement et de hangars de drones à la base aérienne jordanienne du prince Hassan, tandis que les médias d’État iraniens ont fait état de frappes contre une batterie de défense aérienne Patriot, un dépôt de munitions et un site radar au Koweït. Au moment de la publication, ni les autorités jordaniennes ni koweïtiennes ni américaines n’avaient confirmé ces affirmations.
Les Gardiens de la révolution iraniens ont également déclaré le détroit d’Ormuz fermé jusqu’à nouvel ordre, mais le CENTCOM a rejeté cette annonce, indiquant que le trafic commercial continuait de circuler dans la voie navigable. Le commandement a précisé que les forces américaines avaient contribué à faciliter le transit de plus de 800 navires commerciaux transportant environ 400 millions de barils de pétrole brut depuis début mai, soulignant l’effort de Washington pour présenter la campagne comme visant à préserver la liberté de navigation plutôt qu’à élargir le conflit.
Le dernier échange donne à penser que la confrontation est entrée dans une nouvelle phase. Plutôt qu’un cycle bilatéral de représailles calibrées entre Washington et Téhéran, les opérations militaires se concentrent de plus en plus sur la sécurité du transport maritime international, les États hôtes du Golfe et les infrastructures qui sous-tendent les marchés énergétiques mondiaux. Ce glissement accroît le risque qu’une nouvelle escalade entraîne directement d’autres acteurs régionaux dans le conflit, faisant du détroit d’Ormuz — et non du programme nucléaire iranien — la principale arène de la crise.


