Le ministère soudanais de la Santé a déclaré une épidémie de choléra dans l’État du Kordofan occidental le 29 juin ; en l’espace de quelques jours, l’Organisation mondiale de la santé rapportait 120 décès et 1 102 cas suspects recensés depuis mai dans les zones touchées par le conflit. Ces chiffres correspondent à un taux de létalité d’environ 10,9 % — soit plus de dix fois le niveau que les responsables de santé publique considèrent généralement comme atteignable avec une prise en charge rapide.
Cette statistique est éloquente, car le choléra est rarement aussi meurtrier lorsque les soins restent accessibles. Selon les recommandations de l’OMS, un diagnostic précoce et une thérapie de réhydratation orale ou intraveineuse permettent de maintenir la mortalité en dessous de 1 %. Un taux de létalité approchant 11 % traduit donc moins une épidémie exceptionnellement virulente qu’un effondrement de l’accès aux soins.
Au Kordofan occidental, les civils sont pris en étau entre les combats des Forces armées soudanaises (FAS) et des Forces de soutien rapide (FSR) : les établissements de santé sont endommagés, les routes d’approvisionnement perturbées et l’insécurité empêche de nombreux patients de recevoir un traitement avant que la déshydratation ne devienne fatale.
Des données antérieures de l’OMS confirment le même schéma. Le 29 juin, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré qu’au 20 juin, les autorités sanitaires du Kordofan occidental avaient recensé 838 cas suspects, sept infections confirmées en laboratoire et 117 décès — soit un taux de létalité de près de 14 %. Bien que le nombre d’infections signalées ait depuis augmenté, le ratio décès/cas est demeuré exceptionnellement élevé, laissant penser que des obstacles persistants à l’accès aux soins subsistent, plutôt qu’une amélioration du contrôle de la maladie.
Cette épidémie est la troisième vague de choléra que connaît le Soudan en trois ans, survenant à peine deux mois après la fin officielle de la précédente. Le représentant de l’OMS au Soudan, Shible Sahbani, a indiqué que le choléra apparaissait autrefois selon des cycles d’environ trois ans, mais qu’il revenait désormais de façon quasi continue en raison du conflit, des restrictions à l’accès humanitaire et des pénuries chroniques de fournitures médicales. La précédente épidémie, qui a duré de juillet 2024 à mars 2026, a infecté plus de 124 400 personnes et tué environ 3 500, selon les autorités sanitaires soudanaises.
Le calendrier est particulièrement préoccupant. La saison des pluies au Soudan s’intensifie normalement entre août et septembre, période durant laquelle les inondations contaminent les sources d’eau, endommagent les infrastructures sanitaires et rendent de nombreuses routes impraticables. Pour les agences humanitaires qui peinent déjà à atteindre les communautés isolées, ces pluies saisonnières pourraient retarder davantage l’acheminement des médicaments, des fournitures de réhydratation et de l’eau potable.
La réponse humanitaire est par ailleurs entravée par des pénuries de financement. Le Plan des besoins et de la réponse humanitaires 2026, qui vise à venir en aide à 33,7 millions de personnes, n’était financé qu’à environ 16 % en avril, selon le Stimson Center. L’OMS a également averti que ses opérations au Soudan demeuraient nettement sous-financées, alors que les besoins sanitaires continuent de s’étendre.
Ces chiffres témoignent d’une crise qui dépasse la maladie elle-même. Le choléra est une infection traitable. Pourtant, au Kordofan occidental, le taux de mortalité exceptionnellement élevé est devenu le révélateur d’un système de santé fracturé par la guerre, où la survie dépend de moins en moins de la disponibilité des médicaments — et de plus en plus de la capacité des civils à y accéder en sécurité avant qu’il ne soit trop tard.


