Le ministre argentin des Affaires étrangères, Pablo Quirno, a qualifié les habitants des îles Malouines de « population implantée » n’ayant pas voix au chapitre sur l’avenir du territoire, et a pressé la Grande-Bretagne de rouvrir des négociations sur la souveraineté de ces îles de l’Atlantique Sud, selon TRT World. La formulation est tranchante, mais le différend lui-même n’a pas évolué : Londres refuse tout changement sans le consentement des habitants, qui ont voté lors d’un référendum de 2013 à une écrasante majorité pour demeurer un territoire britannique d’outre-mer.
Le calendrier est opportuniste. Buenos Aires a saisi l’occasion offerte par une note du Pentagone divulguée en avril, qui évoquait la possibilité de réviser le soutien diplomatique américain aux « possessions impériales » britanniques en représailles au refus de Londres de soutenir la guerre de Washington contre l’Iran, selon MercoPress. L’Argentine ne ravive pas tant une vieille passion nationale qu’elle ne sonde la résistance de l’alliance anglo-américaine — cherchant à savoir si les frictions entre Washington et Londres ont enfin desserré un dossier longtemps tenu pour clos.
La démarche recèle une ironie intérieure. Le président Javier Milei a bâti son programme sur un alignement étroit avec Wall Street et Washington, et a nommé Quirno — un ancien banquier de JPMorgan — pour l’approfondir. Pourtant, sous la pression nationaliste à l’intérieur du pays, ce même technocrate pro-marché manie désormais un langage anticolonial d’inspiration péroniste contre un allié occidental.
Il n’y a pas de dimension militaire à tout cela. Tant que la Grande-Bretagne maintient sa garnison et son radar à Mount Pleasant, la rhétorique argentine reste sans moyen de s’imposer. Ce que Buenos Aires mène en revanche, c’est une guerre d’attrition diplomatique — un effort pour isoler la Grande-Bretagne au sein de blocs régionaux tels que le Mercosur et maintenir vivante la question de la souveraineté — et non une marche vers l’affrontement.


