La France accordera à l’Ukraine une licence de production des missiles de croisière à longue portée SCALP, des bombes à guidage de précision AASM Hammer et des missiles intercepteurs Aster-30, a annoncé le président Emmanuel Macron à l’issue de sa rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Paris le 13 juillet. Cet accord marque la première fois que la France autorise la production de ses propres systèmes d’armes sur le sol ukrainien, plutôt que de fournir des armes finies — mettant ainsi en œuvre une feuille de route bilatérale de défense que les deux dirigeants avaient approuvée dans son principe en novembre 2025.
Lus ensemble, ces annonces révèlent un glissement stratégique plus profond. Les 16 avions de combat Rafale commandés par l’Ukraine — dont l’entrée en service est attendue entre 2028 et 2029 — sont conçus pour emporter les mêmes missiles SCALP et bombes AASM que Kyiv sera désormais autorisée à fabriquer sur son territoire. Paris ne se contente plus de transférer des armes : il permet à l’Ukraine de construire elle-même des éléments essentiels de son écosystème d’armement, en articulant la production nationale de missiles avec les aéronefs destinés à les emporter.
Cela marque un changement structurel dans le soutien militaire européen. L’octroi de licences de production pour des systèmes avancés tels que le SCALP et l’Aster-30 éloigne progressivement l’Ukraine de sa dépendance aux livraisons d’armes occidentales — souvent conditionnées par des goulots d’étranglement de production, des négociations politiques et des cycles électoraux — pour l’orienter vers une industrie de défense plus autonome. Zelensky a par ailleurs confirmé des commandes de systèmes de défense aérienne SAMP/T de nouvelle génération et de radars supplémentaires pour renforcer le réseau de défense aérienne intégré de l’Ukraine.
L’annonce française fait suite à une initiative similaire de Washington. Le 8 juillet, le président américain Donald Trump avait déclaré que les États-Unis accorderaient à l’Ukraine une licence de production de missiles intercepteurs Patriot. Aucune de ces deux initiatives n’offre de solution à court terme. Des analystes de défense indiquent que la mise en place d’une production sous licence de systèmes de missiles occidentaux avancés nécessite de nouvelles installations industrielles, du personnel formé, des chaînes d’approvisionnement certifiées et des accords de transfert de technologie — ce qui signifie qu’une production significative prendra vraisemblablement des années plutôt que des mois. Reuters a rapporté que, même avec l’approbation politique, la montée en puissance de la production de missiles de défense aérienne sophistiqués reste contrainte par la complexité de fabrication et les capacités industrielles disponibles.
Le sommet de Paris de la Coalition des volontaires a par ailleurs lancé la Coalition antibalistique intégrée, réunissant l’Ukraine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne, la Suède et le Danemark. L’initiative soutiendra le développement du programme d’intercepteurs ukrainien FREYJA, dont le président Zelensky a dit espérer l’entrée en service opérationnel dans les douze prochains mois. Plutôt que de se substituer au Patriot ou au SAMP/T, la coalition vise à ajouter une couche supplémentaire à l’architecture émergente de défense antimissile intégrée de l’Europe, tout en accélérant le développement des propres intercepteurs ukrainiens en réponse à l’expansion de la coopération en matière de missiles entre la Russie, l’Iran et la Corée du Nord.


