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Il y a quelques années encore, le Pakistan s’effaçait peu à peu de la scène internationale. Les relations avec l’Occident s’étaient détériorées, la politique intérieure était accaparée par l’affrontement autour de l’ancien Premier ministre Imran Khan, et une économie proche du défaut de paiement plaçait Islamabad sous la dépendance du Fonds monétaire international (FMI) et de l’aide d’urgence de la Chine et du Golfe. Aujourd’hui, le Pakistan redevient utile.
Son succès le plus visible est la médiation entre les États-Unis et l’Iran. Islamabad a su conserver son accès à Téhéran tout en reconstruisant ses relations avec l’administration du président américain Donald Trump, ce qui en a fait le principal canal entre deux gouvernements en guerre. Le pays a accueilli des négociations, transmis des propositions et contribué à l’élaboration d’un cadre initial de cessez-le-feu. Cette transformation a valu au Pakistan une position qu’il n’avait que rarement occupée depuis son rôle dans le rapprochement entre les États-Unis et la Chine, au début des années 1970. Cette fenêtre d’opportunité est bien réelle. La question est de savoir si Islamabad saura convertir cette utilité passagère en un pouvoir économique et politique durable, ou si elle ne fera qu’obtenir un nouveau cycle d’aide extérieure avant que l’attention ne se déplace ailleurs.
Les rouages du redressement
Ce canal a tenu grâce à ce sur quoi le Pakistan pouvait s’appuyer : une longue frontière et une relation, certes difficile, mais fonctionnelle avec l’Iran, des liens militaires et financiers dans l’ensemble du Golfe, un partenariat établi avec la Chine, et un accès retrouvé à Washington. Ce redressement repose sur quatre postes clés à la fois. Le Premier ministre Shehbaz Sharif en assure la légitimité formelle ; le ministre des Affaires étrangères, Ishaq Dar, mène les négociations ; le ministre des Finances, Muhammad Aurangzeb, poursuit le dividende économique ; et le maréchal Asim Munir est devenu l’interlocuteur central pour Trump comme pour les dirigeants du Golfe. Reuters a attribué à l’accès direct de Munir à Washington une part importante de cette réhabilitation. Cette rapidité tient davantage à cette centralisation qu’à la capacité institutionnelle du pouvoir civil.
Islamabad cherche déjà à monnayer cet accès. Aurangzeb a sollicité un mécanisme américain de stabilisation des changes de 10 milliards de dollars et proposé un cadre de financement avec l’Export-Import Bank américaine. Washington a salué les réformes économiques du Pakistan, sans toutefois approuver le mécanisme demandé. Des économistes préviennent que ces nouvelles liquidités pourraient acheter du temps sans résoudre les faiblesses structurelles en matière de fiscalité, de tarification de l’énergie et de gestion des entreprises publiques.
Face au Golfe
Les relations que le Pakistan a le plus rapidement reconstruites passent par le Golfe. Le Royaume-Uni et les États-Unis comptent toujours, principalement à travers les universités, les flux migratoires et les réseaux professionnels qui relient les élites pakistanaises à Londres et à Washington. Mais le Golfe va plus loin encore. Il emploie des travailleurs pakistanais dans des proportions qu’aucune autre région n’égale, et leurs envois de fonds soutiennent à la fois les revenus des ménages et les réserves de change du pays. Lorsque Islamabad manque de liquidités, ce sont Riyad et Abou Dabi qui placent des dépôts dans sa banque centrale et lui fournissent du pétrole à paiement différé.
Riyad a promis, en avril, 3 milliards de dollars supplémentaires, tout en approfondissant sa coopération de défense dans le cadre de l’accord de défense mutuelle signé en septembre 2025. Le Pakistan et le Koweït discutent par ailleurs d’un élargissement de leur coopération en matière de défense, susceptible de porter sur des avions, des drones, la défense antiaérienne et une présence militaire pakistanaise accrue, tandis qu’Islamabad recherche, en retour, une coopération énergétique et des investissements. Ces discussions demeurent préliminaires, et des responsables pakistanais affirment qu’aucun déploiement de combat n’est à l’étude. Islamabad a également rejoint le Conseil de la paix, l’organe mené par les États-Unis et créé en vertu de la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU pour superviser la reconstruction et le règlement politique à long terme de Gaza, bien que son rôle au sein de cet organe reste, pour l’instant, indéfini.
Ces engagements entrent toutefois en tension avec le rôle de médiateur du Pakistan. Islamabad a besoin de Téhéran pour le commerce, la stabilité frontalière et sa crédibilité en tant que médiateur, alors même que les deux pays ont échangé des frappes visant des sanctuaires de militants au Baloutchistan ; Reuters a par ailleurs rapporté qu’Islamabad craint que le pacte saoudien ne l’entraîne dans la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Le même article notait qu’un accord avec le Koweït soulèverait des questions sur le rôle du Pakistan dans toute médiation future.
L’attention n’est pas la capacité
L’Afghanistan illustre la limite la plus nette de cette dynamique. Le Pakistan demeure indispensable à tout règlement, du fait de sa géographie, des réfugiés, des routes commerciales et de l’insurrection menée par le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP). Mais il a combattu le gouvernement taliban et mené des frappes à l’intérieur même de l’Afghanistan. La tentative la plus récente pour mettre fin aux combats est passée par une médiation chinoise, mais l’affrontement a depuis repris. Islamabad pourrait devenir un garant, voire une partie nécessaire à tout règlement. Il ne saurait en être un acteur impartial.
Le moteur le plus profond de cette dynamique est intérieur. Le Pakistan demeure dépendant du financement extérieur et des programmes du FMI, tout en faisant face à des chaleurs extrêmes, des inondations, la sécheresse, un stress hydrique et une croissance démographique rapide. La Banque mondiale a estimé, dans son rapport de 2022 sur le climat et le développement du pays, que le seul changement climatique pourrait réduire le PIB annuel de 6,5 % à 9 % d’ici 2050, selon des scénarios optimistes ou pessimistes, à mesure que les inondations et les vagues de chaleur réduisent les rendements agricoles, détruisent les infrastructures et affaiblissent la productivité du travail. Le Mécanisme pour la résilience et la durabilité du FMI traite la gestion de l’eau, la préparation aux catastrophes et la stabilité financière comme un seul et même problème. Les prêts, à eux seuls, ne peuvent se substituer à un État capable de fournir de l’électricité, de percevoir l’impôt et de gérer une ressource en eau limitée.
Le Pakistan a retrouvé quelque chose de précieux : l’attention. Celle-ci lui offre une marge de manœuvre pour diversifier ses partenariats au-delà de sa dépendance à l’égard de la Chine, sans pour autant rompre avec Pékin, et pourrait lui apporter investissements, sécurité énergétique et financement climatique. Elle ne modifie toutefois pas l’arithmétique de fond. Chaque précédent cycle de pertinence internationale s’est soldé par des liquidités dépensées et des réformes repoussées. Sans ces réformes, la rente géopolitique ne fait que reporter l’insolvabilité, sans la résoudre.
Ce rôle est revenu à Islamabad parce que les alternatives s’étaient raréfiées. Washington et Téhéran ne disposaient d’aucun canal direct et ne s’étaient pas rencontrés à ce niveau depuis 1979 ; les capitales du Golfe étaient elles-mêmes sous le feu. Il restait un gouvernement aux prises avec une insurrection sur sa frontière occidentale, incapable d’honorer ses échéances sans aide extérieure — mais disposant néanmoins de canaux fonctionnels vers les deux capitales. Cela a suffi à le ramener à la table des négociations aux côtés d’une superpuissance. La guerre a réuni, à elle seule, tous les éléments de cette qualification. Ce siège durera tant que Washington et Téhéran refuseront de se parler directement — et pas plus longtemps que la capacité d’Islamabad à se maintenir entre le Golfe et l’Iran.


