Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev, dirigeant d’un pays formellement allié de la Russie au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), a publiquement exhorté Vladimir Poutine, le 25 juillet, à geler la guerre en Ukraine.
La portée de cette déclaration ne tenait pas simplement à une nouvelle proposition de cessez-le-feu, mais au fait qu’elle ait été formulée depuis l’intérieur même du bloc sécuritaire de Moscou — et directement aux côtés de Poutine, lors d’une rencontre télévisée à Omsk.
Tokaïev a estimé que la « nature » de la guerre demeurait difficile à saisir. À la différence du différend arméno-azerbaïdjanais, ancré dans l’histoire, le conflit russo-ukrainien restait, selon lui, « très difficile » à expliquer. Il a proposé un retour à une « formule d’Istanbul 2.0 », assortie de garanties données par les grandes puissances.
Cet appel n’était pas le premier venu d’un dirigeant non occidental — l’Inde, la Turquie et la Chine ont déjà plaidé pour des négociations ou un cessez-le-feu. Mais c’est l’intervention la plus directe de Tokaïev à ce jour, et un rare défi lancé par un allié traité actuel de la Russie.
La pression économique fournit un élément de contexte. Le Consortium de l’oléoduc Caspien (CPC) achemine environ 80 % des exportations pétrolières du Kazakhstan vers un terminal de la mer Noire près de Novorossiïsk. Des frappes de drones en juillet ont visé des pétroliers desservant ce terminal, restreignant le chargement et contraignant le Kazakhstan à réduire sa production.
Le Wall Street Journal a rapporté que Chevron s’était rapproché de l’administration Trump pour protéger ses activités kazakhes. Washington a ensuite mis en garde l’Ukraine contre toute attaque visant des navires non russes. Kyiv a nié avoir ciblé des intérêts kazakhs.
Rien ne prouve que la perturbation des exportations pétrolières ait motivé l’intervention de Tokaïev. Mais le moment choisi laisse penser que la guerre menée par la Russie menace désormais les revenus et la stabilité stratégique de l’un de ses propres alliés.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rejeté l’idée d’un gel du conflit et en a imputé la responsabilité à Kyiv — une inversion des responsabilités, puisque c’est la Russie qui a envahi l’Ukraine et qui peut cesser son offensive sans exiger de la victime qu’elle accepte l’annexion.


