Le gouvernement suédois a officiellement déposé le projet de loi nécessaire à la mise en place de son nouveau service de renseignement extérieur d’ici au 1er janvier 2027 — une démarche présentée comme une réponse structurelle à un environnement sécuritaire transformé par l’adhésion à l’OTAN, et non comme un simple remaniement bureaucratique. La ministre des Affaires étrangères Maria Malmer Stenergård, dans une communication du ministère, a estimé que la dégradation du contexte sécuritaire, la nature vaste et complexe des menaces, l’évolution technologique rapide et l’adhésion de la Suède à l’OTAN exigeaient toutes un renforcement du dispositif de renseignement, qualifiant la nouvelle agence d’élément central pour développer les capacités du pays à mesure que la nature des menaces évolue. Cette réforme met de facto un terme à deux siècles de posture suédoise fondée sur la neutralité et un renseignement de défense intérieure autonome, au profit d’un service tourné vers l’extérieur, conçu pour alimenter le dispositif plus large de prévision des menaces de l’OTAN.
Cette réforme découle directement d’un diagnostic structurel expliquant pourquoi l’appareil de renseignement militaire suédois n’avait pas anticipé l’invasion russe de 2022. Une synthèse du Riksdag portant sur l’enquête commandée par le gouvernement, présidée par l’ancien Premier ministre Carl Bildt et publiée sous la référence SOU 2025:78, établit que les services suédois disposaient d’une image solide des développements militaires dans la région, mais se montraient nettement plus faibles sur les évaluations plus larges de politique de sécurité. Ce diagnostic trace en somme une ligne nette entre capacités et intentions : le MUST avait été conçu pour compter les chars et les colonnes de troupes, non pour modéliser la manière dont une direction autocratique à Moscou prend réellement ses décisions — laissant Stockholm aveugle quant aux intentions politiques, alors même qu’il suivait le matériel avec précision.
Le Parlement fait désormais franchir au texte ses dernières étapes législatives avant le lancement prévu en janvier. Le texte, dont l’avancement est suivi par Nordic Defence Sector, prévoit notamment de renommer le Tribunal du renseignement de défense en Tribunal du renseignement, et de donner à l’organe de contrôle Siun un nouveau nom lié aux activités de renseignement extérieur, ainsi que des amendements permettant de licencier immédiatement le personnel de la nouvelle agence pour des motifs de sécurité nationale.
Le nouveau service est conçu pour s’insérer dans un dispositif de renseignement plus large plutôt que pour fonctionner de manière autonome. Stenergård, interrogée par SVT, a expliqué que l’UND reprendra certaines fonctions de renseignement extérieur actuellement assurées par le MUST, organisme militaire, tout en travaillant étroitement avec les forces armées, le service de sécurité intérieure Säpo et l’agence de renseignement électromagnétique FRA, afin que les responsabilités soient réparties plus clairement — permettant de couvrir plus efficacement l’ensemble des menaces pesant sur la Suède.
Cette réorganisation a un coût. Le transfert budgétaire finançant l’UND, rapporté par Global Banking & Finance via l’agence Reuters, s’élève à environ 2,8 milliards de couronnes suédoises, les ressources étant principalement prélevées sur le budget existant des forces armées pour financer ce nouveau service civil.


