Le trafic commercial transitant par le détroit d’Ormuz a chuté d’environ 70 % depuis la reprise des combats, et les navires qui continuent de le traverser privilégient très largement la route désignée par l’Iran plutôt qu’un corridor alternatif soutenu par les États-Unis.
Les traversées sont passées d’environ 45 par jour pendant la trêve du 7 juin au 7 juillet à environ 13, selon Kpler, qui indique que le trafic restant s’est presque entièrement reporté sur la route septentrionale désignée par l’Iran.
Des données Windward, rapportées par Argus, montrent que le 15 juillet, 13 des 18 navires identifiables entrant dans le Golfe empruntaient la route désignée par l’Iran, contre un seul sur le corridor méridional longeant Oman. À la sortie, huit navires ont emprunté la route iranienne, contre un seul la route alternative. Certains navires ont emprunté la route méridionale avec l’assistance des États-Unis ou transpondeurs éteints, ce qui signifie que cette route n’est pas totalement délaissée — mais elle ne représente qu’une faible part du trafic visible.
Le différend dépasse la seule question de la navigation. Aux termes du mémorandum américano-iranien du 17 juin, Téhéran s’était engagé à organiser un passage commercial sûr par le détroit d’Ormuz pendant 60 jours, tandis que Washington s’engageait à lever son blocus naval. Depuis la reprise des combats, toutefois, l’Iran revendique une autorité sur les modalités de traversée du détroit par les navires.
Reuters a rapporté, le 27 juillet, que l’Iran affirmait avoir refoulé six navires accusés d’avoir enfreint les routes qu’il a désignées, tandis que Téhéran et Washington continuent de se disputer l’autorité sur la navigation à travers ce point d’étranglement.
Les données AIS ne donnent elles-mêmes qu’une image incomplète. La société de renseignement maritime Windward a documenté un important trafic maritime dissimulé autour d’Ormuz, ainsi que des brouillages GPS près des principaux mouillages du Golfe, ce qui signifie que les décomptes de traversées visibles peuvent sous-estimer les mouvements réels de navires.
Mais le déséquilibre entre les deux routes n’en demeure pas moins significatif. La seule protection militaire n’a pas suffi à convaincre l’essentiel du trafic commercial visible d’emprunter l’alternative soutenue par les États-Unis.
L’Iran n’a pas besoin de fermer totalement le détroit d’Ormuz pour influer sur son fonctionnement. Si le risque sécuritaire fait reculer le trafic tandis que les navires qui continuent de traverser suivent très largement la route privilégiée par Téhéran, l’Iran peut exercer un contrôle pratique sur la navigation sans maintenir un blocus total.
La bataille autour du détroit d’Ormuz ne porte donc plus seulement sur le maintien de l’ouverture de la voie navigable, mais de plus en plus sur les règles auxquelles obéissent les navires lorsqu’ils prennent le risque de le traverser.


