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El-Obeid révèle l’absence de stratégie de paix au Soudan

July 16, 2026
9 Min Read
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Le coût humain : une femme déplacée s'abrite dans un camp de l'OIM près d'El-Obeid alors que le siège se resserre. Source : El Tayeb Siddig / Reuters.
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El-Obeid, capitale de l’État du Kordofan du Nord au Soudan, abrite environ un demi-million de personnes, dont plus de 100 000 déplacés par la guerre civile. Elle relie le Darfour, tenu par les Forces de soutien rapide (FSR), au Soudan central et oriental contrôlé par l’armée, et subit depuis plusieurs semaines une pression croissante des FSR. Le contrôle d’El-Obeid donnerait à l’un ou l’autre camp un avantage décisif sur le corridor reliant le Darfour aux mains des FSR au Soudan central et oriental sous contrôle de l’armée.

Contents
  • La ville-corridor
  • L’économie de guerre devance les instruments diplomatiques
  • La justice comme ligne de front
  • L’épreuve des 90 jours

Cette escalade survient lors d’une semaine diplomatique chargée : le G7 a appelé à un arrêt des attaques contre la ville et à un embargo plus large sur les armes, l’Union européenne a interdit l’or soudanais et Washington a diffusé un cadre de cessez-le-feu. Chacun de ces instruments est réel, mais aucun n’atteint encore l’économie de guerre décentralisée qui soutient les deux belligérants. Un véritable dialogue politique national demeure un objectif lointain.

Le vocabulaire de la guerre occulte une partie du problème. Les Forces armées soudanaises (FAS) constituent l’autorité étatique de facto dirigée par l’armée — et non un gouvernement légitime incontesté : aucun mandat civil ne les soutient, et dans Khartoum reconquise, les habitants qui reviennent font état d’infrastructures détruites, d’une alimentation électrique défaillante et de travailleurs non payés — preuve que le contrôle territorial ne s’est pas encore traduit par une gouvernance effective.

Cette distinction importe, car les FAS revendiquent les prérogatives de l’autorité étatique sans disposer d’un mandat représentatif. Leur contrôle des ministères, des tribunaux et de la représentation diplomatique accroît leur responsabilité en matière de protection des civils, d’administration effective et de retour négocié à un pouvoir civil.

La ville-corridor

El-Obeid n’est pas simplement prise dans les combats. La pression exercée sur la ville peut servir soit de préparation à un assaut stratégique, soit de monnaie d’échange ; les FSR n’ont pas encore démontré une capacité offensive à l’échelle requise pour s’en emparer. L’ONU rapporte que les FSR contrôlent désormais toutes les routes autour de la ville, à l’exception de la voie orientale.

La valeur de la ville explique la pression qui s’y exerce. Au-delà de sa position de corridor, El-Obeid accueille la 5e Division d’infanterie des FAS, une base aérienne, un pipeline pétrolier et un grand marché de gomme arabique. « En prendre le contrôle, c’est une question de pouvoir, de territoire et d’argent », a déclaré à l’AFP l’analyste Kholood Khair.

À l’intérieur de la ville, l’autorité — et donc la responsabilité — appartient aux FAS. En février 2025, l’armée avait brisé un précédent siège des FSR à El-Obeid. Elle contrôle désormais la ville et assume la responsabilité première de la protection des civils et du maintien des services essentiels.

L’économie de guerre devance les instruments diplomatiques

La pression économique s’intensifie, mais contre une cible mouvante. Le 13 juillet, l’UE a interdit l’achat, l’importation ou le transfert d’or soudanais et a restreint les exportations de mercure et de cyanure utilisés dans l’exploitation minière, ciblant une source de revenus de réseaux liés à la fois aux FAS et aux FSR. Pourtant, l’or soudanais transite par des contrebandiers, des opérations de réétiquetage et des États de transit — Tchad, Égypte, Érythrée, Soudan du Sud — avant d’atteindre les hubs internationaux ; une interdiction d’achat ne constitue ainsi que le premier niveau d’un système d’application qui n’existe pas encore.

Une enquête de Reuters publiée le 15 juillet révèle l’autre versant du problème : des aéronefs Boeing exploités par des sociétés contrôlées par un contractant vétéran du gouvernement américain et de l’ONU effectuaient des liaisons reliant le Tchad, la Libye, la Somalie et des hubs logistiques liés aux FSR au Darfour. Reuters n’a trouvé aucune preuve que le contractant avait sciemment soutenu des atrocités ou violé des sanctions. Le problème d’application n’est donc pas nécessairement l’absence d’exposition légale, mais la difficulté de prouver la connaissance, d’identifier qui a financé les vols et d’établir ce que transportaient les aéronefs concernés. Des experts en sanctions ont indiqué à Reuters que le transport en connaissance de cause de personnel, de fret ou de soutien logistique aux FSR pourrait enfreindre les mesures existantes.

La justice comme ligne de front

Le 12 juillet, le Tribunal antiterroriste et contre les crimes contre l’État de Port-Soudan a condamné à mort par contumace le commandant des FSR Mohamed Hamdan Dagalo (Hemetti), ses frères Abdelrahim et Al-Qoni, et 13 autres personnalités, pour des chefs d’accusation incluant crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

Ce verdict contrecarre cependant la diplomatie. Le tribunal, opérant sous l’autorité de l’armée, a ordonné la confiscation des actifs des FSR, demandé aux autorités de solliciter des notices rouges d’Interpol et jugé que les crimes ne pouvaient faire l’objet d’un pardon politique. Le réseau Ayin rapporte que la décision pourrait entraver davantage la participation des FSR aux pourparlers, que le plan a révélé des divisions au sein de l’armée, et que Massad Boulos, le conseiller principal du président américain pour les affaires arabes et africaines, a officieusement pressé des responsables soudanais de verrouiller les engagements avant que les pressions intérieures ne durcissent les positions.

La responsabilisation et la négociation doivent avancer sur des voies liées mais distinctes. Un jugement capital contre la direction adverse, rendu alors qu’une trêve est en discussion et excluant explicitement le pardon politique, risque de faire converger les deux voies en une seule et de transformer la salle d’audience en prolongement du champ de bataille. Une autorité dont le mandat est lui-même contesté ne peut ériger les institutions étatiques en instruments d’escalade tout en prétendant parler au nom de l’intérêt national.

L’épreuve des 90 jours

Le cadre que porte l’administration américaine prévoit une trêve humanitaire immédiate de 90 jours, un mécanisme soutenu par l’ONU pour des retraits limités des FSR donnant la priorité au Darfour du Nord et au Kordofan du Nord, le désarmement et la réintégration dans une armée nationale unifiée, ainsi qu’une transition à direction civile excluant les islamistes et les auteurs d’atrocités. Les FAS ont accepté une grande partie de ce cadre, mais ont subordonné leur acceptation générale au retrait total des FSR de toutes les villes qu’elles occupent depuis le 11 mai 2023. Le Sudan Tribune a rapporté que les FSR avaient accepté une trêve inconditionnelle tout en rejetant les retraits.

Trois tendances définissent désormais le moment. Premièrement, la pression occidentale a convergé : les mesures de la semaine émanent de gouvernements qui divergent fréquemment sur d’autres crises internationales — une convergence diplomatique et économique notable. Deuxièmement, les FAS ont évolué à contre-courant : le verdict de Port-Soudan, excluant le pardon alors qu’une trêve est sur la table, constitue une démarche concrète à rebours du règlement, de la part du camp qui prétend incarner l’État. Troisièmement, El-Obeid est devenue le point où toutes les voies convergent — les avertissements de l’ONU, les calculs des deux armées et la première clause technique des négociations sur la trêve elle-même.

Quatre-vingt-dix jours, c’est la durée de la trêve sur le papier. À El-Obeid, le temps s’écoule sur une horloge différente — les heures d’électricité, le prix de l’eau, le maintien ouvert de la route vers l’est. Le calendrier diplomatique s’écrit en semaines et en communiqués. Le calendrier d’El-Obeid s’écrit matin après matin — et c’est sur cette horloge-là, et non sur l’autre, que les quatre-vingt-dix jours se joueront.

TAGGED:CommerceDeLDarfourElObeidEmbargoSurLesArmesFASFSRGuerreAuSoudanHemettiInterventionÉtrangèreMassadBoulosPouvoirCivilProcessusDePaixSoudanUnionEuropéenne
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