Washington mène de front deux voies distinctes sur le dossier ukrainien. Le 22 juillet, les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner se sont entretenus directement avec le président Volodymyr Zelensky, contournant les canaux diplomatiques formels qui n’ont guère produit de progrès depuis que la guerre en Iran a détourné l’attention de Washington de l’Ukraine. Le lendemain, le secrétaire d’État Marco Rubio a rencontré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en marge du 33e Forum régional de l’ASEAN, cherchant à clarifier la position actuelle de Moscou, alors que les États-Unis explorent la possibilité de relancer une dynamique diplomatique.
Zelensky a indiqué que l’échange avec Witkoff et Kushner avait porté sur la « relance de la diplomatie » et sur ce qu’il a qualifié de marche vers une « paix dans la dignité », ajoutant que les équipes ukrainienne et américaine resteraient en contact pour les suites à donner, selon Reuters. La Maison-Blanche a confirmé cet échange téléphonique. Il s’agit du signe le plus net depuis plusieurs semaines que le canal mené par les émissaires demeure actif, même si aucune des deux parties n’a évoqué de nouvelle proposition de paix ni de cadre de négociation.
À Manille, le département d’État américain a indiqué que Rubio et Lavrov avaient évoqué « la relation entre les États-Unis et la Russie et la nécessité de mettre fin à la guerre russo-ukrainienne », sans donner davantage de détails, selon l’Associated Press. Avant la rencontre, Rubio avait déclaré que la guerre avait « entravé » les relations plus larges entre Washington et Moscou, présentant cet entretien comme une occasion d’évaluer la position actuelle de Moscou plutôt que comme le lancement de négociations. Aucune avancée n’a été annoncée.
La position publique de la Russie semble, elle aussi, inchangée. Lavrov a réaffirmé que Moscou restait ouvert à « une résolution politique et diplomatique », tout en poursuivant ses opérations militaires et en maintenant ses exigences quant à une cession de territoire par l’Ukraine, y compris des parties de la région de Donetsk encore sous contrôle ukrainien. Le président Vladimir Poutine a également répété à plusieurs reprises qu’il ne rencontrerait Zelensky que pour finaliser un accord déjà négocié. Les analystes occidentaux ont généralement interprété cette combinaison — langage diplomatique conciliant et objectifs militaires inchangés — comme une tentative d’afficher une ouverture aux négociations sans modifier les objectifs stratégiques de la Russie.
Ces contacts diplomatiques renouvelés interviennent parallèlement à la poursuite des efforts visant à renforcer la position militaire de l’Ukraine. Le jour même de l’appel Witkoff-Kushner, Zelensky a rencontré à Kyiv l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, ainsi que le général de corps d’armée Curtis Buzzard, commandant de la mission de l’OTAN pour l’assistance et la formation en matière de sécurité en faveur de l’Ukraine (NSATU), afin de faire avancer deux initiatives complémentaires en matière de défense antiaérienne, selon le Kyiv Independent.
La première relève de l’urgence immédiate. Zelensky a indiqué que les discussions avaient porté sur l’augmentation des livraisons d’intercepteurs Patriot via la Liste prioritaire des besoins ukrainiens (PURL), le mécanisme de l’OTAN utilisé pour coordonner le soutien allié aux besoins militaires les plus urgents de l’Ukraine. Cette discussion faisait suite à un nouvel assaut russe de missiles à grande échelle, au cours duquel, selon des responsables ukrainiens, Moscou aurait tiré suffisamment de missiles balistiques pour porter le total du mois de juillet au-delà de la capacité de production mensuelle estimée de la Russie, selon des informations du Kyiv Independent.
La seconde relève du long terme. Zelensky a indiqué que l’Ukraine et les États-Unis poursuivaient leurs travaux techniques sur la production nationale sous licence d’intercepteurs Patriot PAC-3, après que le président Donald Trump eut approuvé cette initiative lors du sommet de l’OTAN à Ankara, le 8 juillet. Selon Reuters, l’accord politique est déjà acquis, les équipes techniques travaillant désormais sur sa mise en œuvre. Contrairement aux livraisons d’urgence d’intercepteurs, une production nationale renforcerait la capacité de défense antiaérienne de l’Ukraine indépendamment de toute évolution future de la politique américaine ou des négociations diplomatiques.
Le Kyiv Post a rapporté que la rencontre avec Whitaker avait également débouché sur la signature d’un accord faisant progresser l’accord parallèle américano-ukrainien sur les drones. Toutefois, le Kyiv Independent et Interfax-Ukraine ont décrit cette initiative comme encore en discussion, et non finalisée. Ni le cabinet présidentiel ukrainien ni l’ambassade américaine n’ont publiquement clarifié cette divergence.
Pris dans leur ensemble, les développements de cette semaine ne laissent pas présager un règlement imminent. Ils montrent plutôt Washington menant deux stratégies parallèles : une diplomatie par émissaires, capable d’avancer plus vite que les négociations formelles, et une coopération industrielle de défense à long terme, conçue pour renforcer l’Ukraine indépendamment de l’issue des efforts diplomatiques. La position de négociation publique de Moscou, elle, demeure inchangée.


