L’Iran pourrait recevoir, d’ici quelques semaines, plusieurs centaines de systèmes portables de défense antiaérienne de fabrication chinoise — une arme peu susceptible de renverser la suprématie aérienne américaine, mais potentiellement capable de rendre certaines des missions les plus dangereuses de l’armée américaine encore plus risquées. Un précédent au combat suggère déjà que ce risque n’a rien de théorique.
L’accord et le matériel
L’Iran a accepté d’acquérir entre 300 et 400 systèmes portables de défense antiaérienne (MANPADS), dont des missiles chinois QW-12 et FN-16, selon Reuters. Trois sources proches du dossier ont indiqué que le contrat, d’un montant de 60 à 70 millions de dollars, avait été signé, et qu’une première livraison pourrait intervenir d’ici quelques semaines. La Chine a qualifié ces informations de « totalement infondées », tandis que le Pakistan a démenti tout rôle dans le transit de ces armements. Reuters a précisé que les quantités et les calendriers de livraison pourraient encore évoluer.
Les deux missiles ne sont pas identiques. Le FN-16 utiliserait, selon certaines sources, un autodirecteur bimode, infrarouge et ultraviolet, destiné à améliorer sa résistance aux contre-mesures défensives telles que les leurres thermiques. Le QW-12, lui aussi guidé par infrarouge, a démontré, lors d’essais chinois, sa capacité à engager des cibles malgré l’usage de leurres. Selon des spécifications en sources ouvertes, leur enveloppe d’engagement ne dépasse que quelques kilomètres en portée et environ quatre kilomètres en altitude.
Cette portée limitée explique précisément pourquoi aucune de ces deux armes ne peut reconstituer, à elle seule, le réseau national de défense antiaérienne iranien. Mais elle explique aussi où elles pourraient réellement peser.
Une menace déjà observée au combat
Qualifier ces missiles de véritable bouleversement serait excessif. Ils ne peuvent remplacer les radars longue portée et les batteries sol-air nécessaires pour contester l’espace aérien à l’échelle nationale, et les appareils à voilure fixe peuvent généralement réduire leur exposition en restant au-dessus de l’enveloppe d’engagement des MANPADS, en recourant à des armes de précision tirées à distance et en employant des contre-mesures.
Les hélicoptères, les forces de recherche et de sauvetage au combat, ainsi que certains drones, n’ont pas toujours cette possibilité.
En mai, trois sources ont indiqué à NBC News que l’Iran avait probablement utilisé un missile portable de fabrication chinoise contre le F-15E américain perdu au-dessus du sud-ouest de l’Iran le 3 avril — le premier appareil piloté américain connu à avoir été abattu à l’intérieur du territoire iranien hostile depuis le début de la guerre. NBC a rapporté qu’il demeurait incertain si le missile utilisé avait été récemment transféré ou provenait de stocks chinois plus anciens déjà présents en Iran. L’ambassade de Chine a démenti toute fourniture d’armements. Le Critical Threats Project et l’Institute for the Study of War ont ultérieurement résumé l’évaluation des services américains. Les informations publiques n’ont pas permis d’établir avec certitude le type exact de missile employé.
Les suites de cet incident montrent à quel point un tir de MANPADS réussi peut avoir des répercussions bien au-delà de la seule perte d’un appareil.
Les deux membres de l’équipage du F-15E se sont éjectés. Le pilote a été récupéré dès le 3 avril, mais l’officier des systèmes d’armes est resté bloqué en terrain montagneux jusqu’au 5 avril. Sa récupération a donné lieu à une opération majeure de recherche et de sauvetage au combat, impliquant des dizaines d’appareils, tandis que des hélicoptères américains engagés dans cette opération de sauvetage plus large ont essuyé des tirs iraniens.
Un tir réussi peut donc, à lui seul, engendrer un tout autre problème militaire. Il faut localiser et récupérer le personnel abattu. Les hélicoptères et appareils d’appui peuvent devoir pénétrer dans un espace aérien hostile. Les moyens de surveillance et de protection peuvent devoir être redéployés vers l’opération de sauvetage. Les forces engagées dans cette récupération peuvent elles-mêmes devenir des cibles.
Pourquoi la mobilité importe
Les défenses aériennes fixes de l’Iran ont été frappées à plusieurs reprises, car les grands radars, lanceurs et sites de commandement peuvent être repérés puis détruits. Les MANPADS renversent ce problème : de petites équipes peuvent se disperser, se déplacer et opérer sans qu’un radar de désignation de cible ne révèle leur position.
Reuters a rapporté que des experts militaires considèrent précisément cette mobilité comme leur principal atout. Les équipes peuvent être rapidement déplacées autour d’installations militaires, d’infrastructures énergétiques et d’autres sites sensibles, les rendant moins vulnérables que des batteries de défense antiaérienne fixes.
Des travaux de recherche menés par la RAND sur la défense antiaérienne à basse altitude ont montré que des MANPADS dispersés peuvent contraindre les appareils à opérer à plus haute altitude, et représentent un danger particulier pour les hélicoptères. Ils sont surtout efficaces en tant que couche complémentaire au sein d’un système de défense antiaérienne plus large, plutôt que comme substitut aux défenses de portée moyenne ou longue.
300 ou 400 systèmes répartis sur un pays de la taille de l’Iran ne créeraient pas un dôme de défense antiaérienne hermétique. Concentrés autour de sites de missiles, de bases aériennes, d’installations nucléaires ou d’autres cibles prioritaires, ils pourraient toutefois créer des zones localisées où opérer près du sol deviendrait considérablement plus dangereux.
L’effet se mesurerait moins en termes de contrôle du ciel qu’en termes de planification des missions américaines.
Les calculs de la Chine
Se pose également, pour Washington, une question stratégique plus vaste.
Si les informations de Reuters se confirmaient, des armements de fabrication chinoise contribueraient à reconstituer une capacité que les forces américaines et israéliennes s’emploient à dégrader depuis des mois, sans pour autant faire de la Chine un participant direct au conflit.
La Chine met publiquement l’accent sur la voie diplomatique et dément l’accord de MANPADS rapporté. Le 16 juillet, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi et son homologue pakistanais ont appelé Washington et Téhéran à cesser les hostilités et à reprendre les négociations, selon le ministère chinois des Affaires étrangères.
Ces informations ont néanmoins atteint le plus haut niveau des relations sino-américaines. Le président Donald Trump a jugé qu’une implication chinoise serait « surprenante », déclarant aux journalistes que le président Xi Jinping lui avait précédemment assuré que la Chine ne participerait pas au conflit aux côtés de l’Iran, selon Reuters. Trump a précisé qu’il ne s’était pas entretenu avec Xi depuis les dernières informations parues à ce sujet.
Cela confère à la confirmation d’un éventuel transfert une importance dépassant les seuls missiles concernés. Elle soulèverait, à Washington, la question de savoir si Pékin est en train de passer d’un soutien diplomatique et économique à Téhéran à une aide directe visant à reconstituer les capacités militaires iraniennes dégradées par les frappes américaines et israéliennes.
Même une acquisition relativement modeste, de 60 à 70 millions de dollars, pourrait imposer des coûts bien supérieurs à son prix d’achat, si les commandants américains devaient engager davantage de moyens de protection, de surveillance et de sauvetage pour des missions menées dans le rayon d’action des MANPADS.
Les MANPADS chinois ne rendraient pas le ciel iranien inaccessible, et n’effaceraient pas les avantages américains en matière de furtivité, de surveillance, de guerre électronique ou de frappe à longue portée.
Mais l’Iran n’a pas besoin de vaincre purement et simplement la puissance aérienne américaine pour en influencer le fonctionnement. Si plusieurs centaines d’équipes de missiles dissimulées rendent suffisamment dangereuses les missions d’hélicoptères, de sauvetage, de drones et autres opérations à basse altitude, les commandants doivent ajuster leurs itinéraires, leur altitude, leur dispositif de protection et le niveau de risque jugé acceptable.
Pour l’Iran, rendre la supériorité aérienne américaine plus coûteuse pourrait suffire.


