L’Irak et la Syrie ont signé vendredi à Washington un protocole d’accord visant à réhabiliter l’oléoduc Kirkouk–Baniyas, à l’arrêt depuis longtemps, faisant progresser les projets de réouverture d’une route d’exportation méditerranéenne alors que la guerre autour du détroit d’Ormuz expose la dépendance de Bagdad aux voies maritimes du Golfe.
Ce protocole figurait parmi la cinquantaine d’accords, d’une valeur totale d’environ 60 milliards de dollars, annoncés lors de la visite à Washington du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi. Il a été signé par Bassem Abdul Karim, directeur général de la compagnie pétrolière d’État irakienne Basra Oil Company, et Youssef Qablawi, directeur général de la Petroleum Company syrienne, lors d’un sommet économique irako-américain réunissant de hauts responsables américains et irakiens.
Le département d’État américain a précisé qu’un consortium international dirigé par les États-Unis devrait mener les travaux techniques et financiers du projet. Selon Al-Monitor, citant des sources proches des négociations, ce consortium serait centré autour de Chevron, du fonds d’investissement américain TI Capital et de la société qatarie UCC Holding. Le protocole établit un cadre pour des études de faisabilité et de mise en œuvre, sans autoriser de construction immédiate.
L’oléoduc était entré en service en 1952, reliant les champs pétrolifères de Kirkouk, en Irak, au port méditerranéen syrien de Baniyas. Il avait été fermé pendant la guerre Iran-Irak, au début des années 1980, avait subi de nouveaux dommages après l’invasion de l’Irak menée par les États-Unis en 2003, et est resté largement inactif depuis.
Cet accord intervient alors que l’Irak cherche des alternatives aux routes d’exportation du Golfe. La production irakienne de brut est passée d’environ 4,2 millions de barils par jour en février à environ 1,9 million en juin, selon des données de l’OPEP citées par CNBC, la guerre autour du détroit d’Ormuz ayant perturbé le trafic de pétroliers. Les exportations de pétrole représentent environ 90 % des revenus de l’État irakien.
Le projet est également devenu politiquement envisageable à la suite de la chute du gouvernement de Bachar al-Assad et de l’assouplissement, par Washington, des sanctions visant la Syrie, ouvrant la voie à une participation occidentale accrue dans le secteur énergétique du pays.
La sécurité demeure la principale incertitude du projet. Des cellules de l’État islamique continuent d’opérer dans certaines parties du corridor d’environ 800 kilomètres traversant la province irakienne d’Anbar et l’est de la Syrie, tandis que des décennies de négligence ont laissé les stations de pompage, les systèmes électriques et certains tronçons de l’oléoduc dans un état nécessitant une reconstruction en profondeur. Malgré tout, cet accord montre que les gouvernements de la région redessinent les infrastructures énergétiques du Moyen-Orient en tenant compte de l’hypothèse que le détroit d’Ormuz pourrait ne plus constituer une route d’exportation fiable.


