Deux engins explosifs improvisés ont explosé dans le centre de Damas mardi, alors que le président français Emmanuel Macron rencontrait le président syrien Ahmad al-Sharaa, blessant au moins 18 personnes, dont quatre policiers, selon le ministère syrien de l’Intérieur. Macron était indemne et aucun groupe n’a immédiatement revendiqué l’attaque.
Les explosions se sont produites à proximité de l’hôtel Four Seasons, où Macron séjournait, et non loin du ministère du Tourisme. Le président français avait déjà quitté les lieux pour le palais présidentiel lorsque les engins ont explosé, et la présidence française a indiqué que son programme officiel se poursuivait comme prévu. L’analyste en sécurité basé à Damas, Ismat Al-Absi, a déclaré à Al Jazeera qu’il n’était pas encore établi si l’attaque visait le convoi de Macron, ajoutant que l’objectif apparent était de semer l’insécurité et d’envoyer un message politique plutôt que de provoquer des pertes en masse.
Les explosions de mardi sont survenues cinq jours après l’attentat à la bombe commis dans un café de la rue al-Nasser, qui avait tué au moins neuf personnes et en avait blessé 22 — l’attaque la plus meurtrière à Damas depuis qu’un attentat contre une église avait fait 25 morts en juin 2025. Ce café se trouvait à environ 40 mètres du Palais de justice, où plusieurs anciens responsables de l’ère Assad sont en cours de jugement, dont l’ancien chef de la sécurité Atef Najib et l’ancien grand mufti Ahmad Badr al-Din Hassoun.
Les autorités syriennes n’ont identifié ni suspects ni mobile dans l’une ou l’autre des deux attaques. L’analyste politique Kamal Abdo a déclaré à Al Jazeera qu’un ressentiment lié aux procès persistait au sein des vestiges de l’ancien gouvernement, dont certains membres, a-t-il précisé, possèdent l’expérience nécessaire pour mener de telles attaques. Des responsables syriens de la sécurité ont par ailleurs indiqué avoir précédemment arrêté des membres présumés de cellules dormantes cherchant à déstabiliser le nouveau gouvernement. Aucune de ces évaluations n’a été confirmée par les autorités syriennes chargées d’enquêter sur les explosions de mardi.
La visite de Macron est la première d’un chef d’État d’Europe occidentale depuis le renversement de Bachar al-Assad en décembre 2024 ; elle reflète les efforts croissants des gouvernements européens pour renouer avec les autorités de transition syriennes. Il est arrivé accompagné d’une délégation d’affaires comprenant le directeur général de CMA CGM, Rodolphe Saadé, et le directeur général de TotalEnergies, Patrick Pouyanné. CMA CGM avait obtenu en mai 2025 une concession de 30 ans d’un montant de 230 millions d’euros pour exploiter le port de Lattaquié, tandis que TotalEnergies, ConocoPhillips et QatarEnergy avaient signé en mai 2026 un mémorandum d’entente pour explorer les ressources pétrolières et gazières dans les eaux territoriales syriennes.
Le président français devrait également aborder avec al-Sharaa la question de la protection des communautés minoritaires de Syrie, à la suite de violences confessionnelles ayant touché les populations alaouite et druze l’année dernière. En janvier, al-Sharaa avait pris un décret reconnaissant le kurde comme langue nationale et rétablissant la citoyenneté de milliers de Kurdes qui en avaient été privés lors d’un recensement controversé de 1962. L’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie, à direction kurde, a salué cette mesure comme une première étape importante, tout en soulignant que des garanties constitutionnelles durables seraient nécessaires pour assurer les droits politiques et culturels kurdes.
Les explosions n’ont pas fait dérailler la visite de Macron, mais elles ont mis en lumière le défi central auquel est confronté le gouvernement de transition syrien : convaincre les gouvernements étrangers et les investisseurs que le changement politique peut s’accompagner d’améliorations durables en matière de sécurité. Deux attaques en plein centre de Damas en cinq jours — ni élucidées ni revendiquées — donnent à mesurer à quel point le rétablissement de la confiance dans la stabilité du pays demeure l’un des tests les plus immédiats auxquels le gouvernement doit faire face.


