Le trafic commercial dans le détroit d’Ormuz est tombé à seulement trois navires de marchandises mardi, contre quatre la veille, selon des données maritimes citées par Reuters. Aucun pétrolier géant ni aucun méthanier n’a été observé effectuant la traversée.
Ce recul ne s’explique pas d’abord par la prudence des capitaines. Il s’explique par les calculs des assureurs. Les primes d’assurance contre les risques de guerre pour les traversées du Golfe ont grimpé entre 3 % et 10 % de la valeur de la coque d’un navire, contre environ 0,25 % avant la guerre, après que le Joint War Committee de la Lloyd’s Market Association a étendu sa classification à haut risque à l’ensemble du golfe Persique. Pour un pétrolier valant 100 millions de dollars, cela transforme une simple traversée en un pari de 3 à 10 millions de dollars — une dépense que de nombreux propriétaires et affréteurs refusent d’assumer, quels que soient les escortes navales proposées. L’Iran n’a pas nécessairement besoin de couler des navires pour paralyser le trafic dans le détroit d’Ormuz. Maintenir le risque perçu à un niveau suffisamment élevé pour dissuader assureurs et armateurs de s’engager dans le Golfe peut, à lui seul, réduire l’activité commerciale.
Le CENTCOM affirme avoir facilité environ 900 traversées de navires et le passage de 450 millions de barils de brut par le détroit depuis début mai. Sur la base de ces chiffres, le flux moyen représente moins de six millions de barils de pétrole par jour et environ 11 navires par jour — bien en deçà du débit estimé avant la guerre, d’environ 20 millions de barils par jour et de 125 à 140 traversées quotidiennes. Les escortes organisées en convois ralentissent également le trafic, puisqu’elles exigent que les navires se rassemblent avant la traversée et maintiennent une vitesse coordonnée tout au long du passage. Les statistiques que le CENTCOM avance comme preuve qu’Ormuz demeure ouvert illustrent également l’ampleur du ralentissement du trafic commercial depuis le début du conflit.
La pression ne se limite plus au détroit d’Ormuz. Le 20 juillet, les forces houthies au Yémen ont déclaré un blocus naval contre l’Arabie saoudite, menaçant la navigation dans le détroit de Bab al-Mandeb, à l’entrée sud de la mer Rouge, a rapporté le Council on Foreign Relations. Au moins sept pétroliers ont déjà rebroussé chemin depuis la mer Rouge, selon Forbes. Par ailleurs, l’Iran aurait demandé aux Houthis de se tenir prêts à fermer Bab al-Mandeb si des frappes américaines venaient à toucher le réseau électrique iranien, selon des sources citées par la Foundation for Defense of Democracies. L’Arabie saoudite s’est appuyée sur son oléoduc est-ouest pour acheminer le brut du Golfe jusqu’au port de Yanbu, en mer Rouge, mais une perturbation simultanée à Bab al-Mandeb réduirait fortement l’utilité de cette route alternative.
Environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole transite habituellement par le détroit d’Ormuz. Avec Ormuz et Bab al-Mandeb sous pression simultanément, cette perturbation ne se mesure plus seulement au nombre de navires transitant chaque jour. Elle se mesure désormais au nombre de plus en plus restreint de routes viables encore disponibles pour acheminer l’énergie du Golfe vers les marchés mondiaux.


