Les États-Unis et l’Iran ont échangé leurs frappes les plus intenses depuis la signature du mémorandum d’Islamabad le 17 juin, dans une escalade qui a montré que l’accord intérimaire est mis à l’épreuve non seulement par des missiles et des drones, mais aussi par des revendications concurrentes sur le contrôle du transit sécurisé à travers le détroit d’Ormuz.
L’élément déclencheur a été une série d’attaques contre trois navires commerciaux près d’Ormuz, dont l’Al Rekayyat du Qatar, un méthanier appartenant à Nakilat. Reuters a rapporté que le Qatar a tenu l’Iran pour responsable de la frappe, tandis qu’un responsable américain a indiqué que les premiers éléments pointaient vers Téhéran. L’Iran a nié toute responsabilité et affirmé que les navires commerciaux s’exposaient à des risques en empruntant des routes non coordonnées avec lui.
Ce différend touche à la faiblesse centrale du mémorandum. Le texte promettait un transit commercial sécurisé pendant 60 jours, mais renvoyait à des négociations ultérieures la question de l’administration future du détroit, impliquant l’Iran, Oman et les autres États riverains du Golfe. Cette disposition a créé une zone grise : les navires pouvaient circuler à nouveau, mais les règles de navigation demeuraient contestées.
Les États-Unis ont répondu par des frappes contre plus de 80 cibles iraniennes, dont des systèmes de défense aérienne, des réseaux de commandement et de contrôle, des systèmes de surveillance côtière, des capacités de missiles antinavires, des sites de lancement de drones et plus de 60 petites embarcations des Gardiens de la révolution dans le détroit et à ses abords, selon Reuters. Le Wall Street Journal a rapporté que l’opération était quatre à cinq fois plus étendue que toute autre frappe américaine depuis la signature du mémorandum.
L’Iran a riposté quelques heures plus tard. Reuters a rapporté que les Gardiens de la révolution avaient déclaré avoir lancé des attaques de missiles et de drones contre des sites militaires américains au Bahreïn et au Koweït. Le Koweït a indiqué que ses défenses aériennes répondaient à des attaques hostiles de missiles et de drones, tandis que des sirènes d’alerte aérienne retentissaient dans les deux pays.
La réaction des marchés se lit déjà dans les mouvements de navires. Reuters a rapporté que trois méthaniers vides de QatarEnergy — l’Al Ghariya, le Duhail et l’Al Ruwais — avaient fait demi-tour alors qu’ils se dirigeaient vers Ras Laffan pour charger des cargaisons. Un pétrolier battant pavillon indien transportant du brut koweïtien a également fait demi-tour près d’Oman, tandis que deux pétroliers chargés ont réussi à quitter le détroit.
Ce n’est pas la première fois que le cadre d’Islamabad ne parvient pas à s’imposer face aux événements en mer. Fin juin, Reuters avait rapporté un cycle plus limité d’attaques contre des pétroliers, de frappes américaines et de représailles iraniennes, avant que les deux parties ne reviennent à une situation d’accalmie. Le dernier échange donne à penser que le mémorandum existe encore sur le papier, mais que sa logique opérationnelle s’effrite : le désengagement des sanctions est réversible, le transit sécurisé est conditionnel, et le respect des engagements se définit désormais frappe après frappe.


