Le mouvement houthi du Yémen a affirmé avoir frappé, dans la nuit, une installation pétrolière de la Saudi Aramco à Jizan à l’aide de missiles et de drones, revendiquant que cette attaque avait déclenché des incendies sur le site. Des données satellite de détection thermique ont, par la suite, montré de multiples points chauds au sein du complexe industriel, bien que les autorités saoudiennes et Aramco n’aient pas confirmé l’ampleur d’éventuels dommages.

Les autorités saoudiennes n’avaient, au moment de la publication, publiquement confirmé aucune frappe contre l’installation d’Aramco, et Aramco n’avait fait aucun commentaire. Le système de surveillance satellite FIRMS/VIIRS de la NASA a détecté une activité de feu sur le site de Jizan, selon des informations rapportées par Türkiye Today, qui citait ces images aux côtés de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrant des panaches de fumée noire au-dessus du complexe. Ces détections satellitaires confirment la présence de feux au sein du complexe industriel. Elles n’établissent en revanche ni leur origine, ni si ceux-ci résultent effectivement de l’attaque revendiquée par les Houthis.
Türkiye Today a également rapporté que la Défense civile saoudienne avait brièvement émis des alertes de sécurité publique pour certaines parties de la province de Jizan, avant de les lever peu après. Ces informations n’ont pas été confirmées de manière indépendante.
Cette frappe présumée est intervenue quelques heures après que la coalition menée par l’Arabie saoudite eut annoncé ce qu’elle a qualifié de « réponse militaire proportionnée » contre des cibles houthies dans le gouvernorat yéménite de Hodeïda. Le porte-parole de la coalition, le général de division Turki al-Malki, a indiqué que les frappes visaient des « cibles militaires légitimes que la milice terroriste houthie utilise pour menacer les navires commerciaux en mer Rouge », dans un communiqué relayé par l’agence de presse saoudienne SPA. Al-Malki a précisé que le port de Hodeïda, Ras Isa et Salif demeuraient ouverts au trafic maritime commercial. Une source sécuritaire yéménite a indiqué à l’AFP que les cibles visées comprenaient une base navale à Hodeïda ainsi qu’un camp militaire sur l’île de Kamaran, tandis que des médias houthis faisaient état de deux blessés et d’un bâtiment de télécommunications touché.
Les Houthis ont présenté leurs opérations comme des représailles à la campagne de la coalition et ont averti que de nouvelles attaques suivraient si les frappes contre le Yémen se poursuivaient. Plus tôt cette semaine, le groupe avait déclaré un blocus naval contre l’Arabie saoudite et revendiqué des frappes de missiles et de drones contre deux pétroliers saoudiens opérant près de Jizan. Les autorités saoudiennes ont confirmé que le pétrolier Encelia avait été touché et avait pris feu, bien que son équipage ait été évacué sain et sauf et qu’aucune marée noire n’ait été signalée. Une seconde frappe revendiquée, contre le pétrolier Layla, n’a pas été confirmée de manière indépendante.
Jusqu’à présent, les opérations houthies menées dans le cadre de l’escalade actuelle s’étaient principalement concentrées sur le transport maritime commercial, les cibles navales et les pétroliers, plutôt que sur des infrastructures fixes à terre. Si elle se confirme, une frappe contre le complexe énergétique de Jizan étendrait cette campagne vers l’intérieur des terres, démontrant que les installations énergétiques saoudiennes ont rejoint les couloirs maritimes parmi les cibles potentielles.
La géographie compte ici. Le système saoudien d’exportation pétrolière s’est historiquement concentré sur des installations de la Province orientale, comme Abqaïq, mais la pression exercée par l’Iran sur le détroit d’Ormuz a poussé Riyad à s’appuyer davantage sur son corridor d’exportation en mer Rouge, via Yanbu. Selon des données maritimes de Kpler citées par l’AFP, la route de Yanbu a transporté 92 % des exportations saoudiennes de brut par voie maritime en juin, et 78 % depuis le début de juillet. Jizan, situé à environ 700 kilomètres au sud de Yanbu sur la côte de la mer Rouge, s’inscrit dans ce réseau énergétique occidental plus large. Contrairement à Abqaïq, qui traite une part substantielle de la production pétrolière saoudienne, Jizan sert avant tout de pôle de raffinage et d’exportation. Toute perturbation confirmée revêtirait donc une importance plus régionale que mondiale, à moins que les opérations ne s’avèrent gravement affectées.
La réponse publique de Riyad a, jusqu’à présent, été notablement mesurée. Les autorités saoudiennes ont rapidement levé les alertes de précaution, tandis que ni le gouvernement ni Aramco n’ont révélé l’ampleur d’éventuels dommages. L’Arabie saoudite a souvent limité les informations rendues publiques à la suite d’attaques contre des infrastructures énergétiques critiques, y compris après la frappe d’Abqaïq en 2019. Reste à savoir si cette retenue actuelle traduit une évaluation des dommages toujours en cours, une gestion de crise, ou des efforts plus larges visant à éviter une nouvelle escalade.


