Les commandements américains laissent délibérément passer certains missiles et drones d’attaque iraniens à travers leurs dispositifs de défense antiaérienne, acceptant des dommages sur des installations militaires plutôt que d’utiliser des intercepteurs de plus en plus difficiles à remplacer, selon NBC News.
Deux hauts responsables américains ont indiqué à NBC News que les commandements choisissent, depuis les premiers jours de la guerre contre l’Iran, quelles armes entrantes intercepter. Ils peuvent renoncer à utiliser des missiles défensifs lorsqu’un engin est jugé peu susceptible de toucher les forces américaines, d’endommager gravement des installations critiques ou de menacer des alliés régionaux. Il en résulte une défense à plusieurs niveaux : le personnel et les infrastructures critiques sont protégés en priorité, tandis que certaines installations secondaires peuvent être amenées à absorber une partie des dommages.
Selon ces responsables, certaines armes iraniennes ont ainsi frappé des parties de bases américaines où ne se trouvait aucun personnel. Ils n’avaient connaissance d’aucun militaire ou civil américain blessé par des projectiles que les commandements avaient délibérément choisi de ne pas intercepter.
Un engagement sélectif relève d’une pratique normale en matière de défense antimissile : tirer un intercepteur sur une arme dont la trajectoire est déjà jugée inoffensive reviendrait à gaspiller des munitions. Ce qui importe désormais, c’est l’ampleur de cet arbitrage et le calcul économique qui le sous-tend. Les intercepteurs perfectionnés peuvent coûter bien plus cher que nombre des armes utilisées pour saturer des défenses antiaériennes à plusieurs niveaux — un déséquilibre qui s’aggrave à mesure que se prolonge un bombardement de grande intensité.
L’Iran a tiré près de 9 000 projectiles depuis le début de la guerre, selon NBC, maintenant ainsi la pression sur les défenses américaines et alliées. Ce chiffre englobe missiles et drones, et non les seuls missiles balistiques.
Ce volume importe car la guerre contre l’Iran a déjà entamé des stocks substantiels d’intercepteurs Patriot, THAAD et Standard Missile, alors que la production et le réapprovisionnement peuvent prendre des années. Il en résulte un calcul de plus en plus explicite quant aux armes entrantes qui méritent d’être interceptées.
Cela ne signifie pas pour autant que chaque missile ou drone iranien touchant une installation américaine ait été délibérément laissé passer. Certaines attaques traversent les défenses malgré des tentatives d’interception, et le Pentagone n’a pas identifié publiquement les frappes précises qui auraient été intentionnellement laissées sans réponse.
L’Iran, de son côté, continue de viser les forces américaines dans la région. Le Critical Threats Project et l’Institute for the Study of War ont estimé, le 24 juillet, que Téhéran cherche à infliger un flux constant de pertes américaines en visant des quartiers d’hébergement de troupes et des installations de loisirs, afin d’accroître la pression intérieure sur Washington pour qu’il mette fin à sa campagne de frappes. Les forces iraniennes ont revendiqué des attaques contre des positions américaines à Bahreïn, en Jordanie, au Qatar et au Koweït au cours des vingt-quatre heures précédentes, bien que de nombreuses revendications de dommages restent invérifiées.
Ces stratégies concurrentes mettent en lumière l’arithmétique propre à une guerre de missiles prolongée. L’Iran n’a pas besoin que chaque projectile pénètre les défenses américaines pour en imposer le coût. Des attaques soutenues peuvent contraindre Washington à consommer des intercepteurs rares, révéler ses priorités défensives et déterminer quels actifs peuvent absorber des dommages — une dynamique qui fait de la pénurie d’intercepteurs bien plus qu’un problème d’approvisionnement, et qui façonne déjà, en temps réel, les décisions sur le champ de bataille.


