Le Royaume-Uni pourrait équiper des navires civils de systèmes de sonar portables à fibre optique capables de détecter des sous-marins et des navires de guerre à plus de 60 milles de distance, ce qui permettrait potentiellement à des navires marchands ordinaires de contribuer à un réseau de surveillance plus vaste, alors que l’activité sous-marine russe autour du Royaume-Uni s’intensifie. Cette technologie a déjà été testée par la Royal Navy, tandis que la marine royale néerlandaise a expérimenté un prototype et retenu une technologie connexe pour ses futurs sous-marins, a rapporté The Telegraph.
Le système, appelé OptiArray et mis au point par l’entreprise néerlandaise Optics11, utilise des capteurs acoustiques à fibre optique montés le long d’un câble fin, qui peut être déployé derrière un navire pour capter passivement les signatures acoustiques des sous-marins et des bâtiments de surface. Sa portabilité pourrait permettre à des navires qui ne sont pas des plateformes antisous-marines dédiées de devenir des postes d’écoute supplémentaires en mer.
La portée de détection rapportée, supérieure à 60 milles, ne doit pas être considérée comme fixe. Les performances d’un sonar passif varient selon les conditions océaniques, le bruit ambiant et la signature acoustique de la cible. Détecter un contact est également différent de l’identifier et de le suivre en continu, ce qui signifie que des avions et des navires de guerre antisous-marins dédiés resteraient nécessaires pour vérifier les alertes.
Ce qui séduit le Royaume-Uni, c’est la couverture qu’offre ce système. Les plateformes antisous-marines spécialisées ne peuvent pas patrouiller en continu dans toutes les zones où des navires russes pourraient opérer, tandis que la Royal Navy se tourne déjà vers des systèmes autonomes et des capteurs répartis pour accroître sa présence dans l’ensemble de l’Atlantique Nord. Le déploiement d’antennes passives portables depuis des navires civils ou d’autres bâtiments non spécialisés pourrait étendre ce réseau sans nécessiter une frégate dédiée ou un avion de patrouille maritime à chaque endroit.
L’urgence de la situation a été illustrée en avril, lorsque le secrétaire à la Défense, John Healey, a révélé une opération d’un mois au cours de laquelle les forces britanniques et alliées avaient suivi un sous-marin d’attaque russe de classe Akula, accompagné de deux sous-marins spécialisés relevant de la Direction principale russe pour la recherche en eaux profondes (GOUGI), dans l’Atlantique Nord et les eaux britanniques élargies. Healey a indiqué que les bâtiments du GOUGI sont conçus pour surveiller les infrastructures sous-marines en temps de paix et, potentiellement, les saboter en cas de conflit, tandis que l’Akula aurait probablement servi de leurre, selon sa déclaration publiée sur GOV.UK.
La frégate de type 23 de la Royal Navy, le HMS St Albans, appuyée par des avions P-8 Poseidon de la RAF, a assuré la surveillance des bâtiments russes, a rapporté Breaking Defense. Les avions britanniques ont cumulé plus de 450 heures de vol au cours de cette opération, tandis que les forces navales impliquées ont parcouru plusieurs milliers de milles nautiques, environ 500 militaires britanniques ayant été mobilisés avant que les bâtiments russes ne se retirent vers le nord.
Le Royaume-Uni élabore déjà une réponse plus large à travers le programme Atlantic Bastion, destiné à combiner navires de guerre et aéronefs avec des bâtiments autonomes, des capteurs répartis et une détection acoustique assistée par intelligence artificielle dans l’ensemble de l’Atlantique Nord. Le gouvernement a présenté ce programme comme une réponse à l’intensification de l’activité sous-marine russe et aux menaces pesant sur les câbles et les gazoducs critiques.
Les informations du Telegraph n’établissent pas que le Royaume-Uni a approuvé un programme visant à équiper à grande échelle des navires civils du système OptiArray, et aucun calendrier de déploiement plus large n’a été annoncé. Mais cette proposition s’inscrit dans une évolution plus large déjà visible dans le programme Atlantic Bastion : multiplier le nombre de capteurs que le Royaume-Uni peut déployer dans l’Atlantique Nord, plutôt que de s’appuyer uniquement sur de rares navires de guerre et aéronefs spécialisés pour détecter l’activité sous-marine russe.


