Le Kremlin étend un réseau d’influence mondial déjà bien établi, en formant des journalistes étrangers, en soutenant des programmes médiatiques financés par l’État et en investissant dans des outils numériques conçus pour diffuser à l’étranger des récits favorables à la Russie, selon des évaluations de l’Institute for the Study of War (ISW) et d’institutions européennes de lutte contre la désinformation.
Les infrastructures d’influence russes ont dépassé le cadre traditionnel des médias d’État. Une session de stage SputnikPro organisée à Moscou en juillet 2026 a réuni de jeunes journalistes venus d’Afrique subsaharienne, organisée conjointement avec le projet « Nouvelle génération » de Rossotroudnitchestvo, l’agence d’État russe chargée de la coopération culturelle et humanitaire à l’étranger. La RT Academy mène un programme parallèle, formant des journalistes issus des pays de l’Asean, d’Asie du Sud et d’Afrique, avec le soutien de Rossotroudnitchestvo. Ces programmes visent à cultiver des voix locales capables de diffuser des récits alignés sur le Kremlin, y compris là où les médias d’État russes font l’objet de restrictions formelles.
Les gouvernements européens ont cherché à contrer cette expansion. Le 29 juillet 2026, le ministère français de l’Intérieur a pris un arrêté d’expulsion contre Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France, l’accusant d’avoir agi comme « un relais des campagnes de désinformation orchestrées par les autorités russes », selon Le Monde. Fedorova a fait appel de cette décision et reste soumise à des restrictions administratives.
Les campagnes numériques russes obéissent à un modèle quasi industriel. En septembre 2024, le département américain de la Justice a annoncé la saisie de 32 noms de domaine liés à l’opération Doppelgänger, qui utilisait des sites clonés imitant des médias comme le Washington Post, du contenu d’influenceurs fabriqué de toutes pièces et des réseaux de comptes inauthentiques. Le département a établi un lien entre les sociétés russes Social Design Agency et Structura National Technology et l’administration présidentielle russe, sous l’autorité de Sergueï Kirienko, dans le but affiché de réduire le soutien à l’Ukraine et d’influencer des élections.
Une campagne connexe, Matriochka, cible journalistes et vérificateurs de faits depuis septembre 2023, en diffusant des contenus fabriqués destinés à provoquer leur vérification, puis leur amplification. Un rapport technique de Viginum, publié en France en juin 2024, a recensé des cibles dans plus de 60 pays, avec des similitudes opérationnelles et des chevauchements d’infrastructures avec des campagnes d’influence russes plus larges.
Ce schéma reflète une stratégie délibérée : Moscou traite la sphère informationnelle comme un front à part entière, mené parallèlement à sa campagne militaire en Ukraine, et conçu pour survivre à des interventions ponctuelles, puisque le retrait de noms de domaine ou l’expulsion de commentateurs n’élimine pas l’infrastructure étatique qui finance ce réseau plus vaste.


