Des frappes aériennes israéliennes ont touché tôt mardi la base aérienne militaire d’Abou al-Douhour, dans l’est de la province d’Idlib, en Syrie, visant la piste et des installations de stockage, selon la télévision d’État syrienne. Reuters a fait état de huit frappes israéliennes, citant la chaîne publique syrienne Ekhbariya et une source militaire. L’AFP, Al Jazeera et plusieurs médias régionaux ont fait état de quatre frappes et n’ont pas identifié les appareils responsables. Aucune source n’a signalé de victimes, et l’armée israélienne a refusé de commenter.
Abou al-Douhour se situe à environ 40 kilomètres à l’est de la ville d’Idlib et à environ 70 kilomètres de la frontière turque. Cette base était hors d’usage militaire structuré depuis 2013, lorsque des forces rebelles s’en étaient emparées après un long siège, et elle a changé de mains à plusieurs reprises au cours de la guerre civile syrienne. Depuis la chute de Bachar al-Assad fin 2024, les forces syriennes l’utilisent comme centre de formation pour la nouvelle armée du pays, selon Reuters.
Cette frappe survient après plusieurs semaines d’inquiétudes israéliennes rapportées concernant les efforts de la Syrie pour reconstruire son armée de l’air. Le diffuseur public israélien Kan a rapporté le 11 août que Damas avait recruté de nouveaux pilotes, repris l’entraînement au vol et mené son premier exercice impliquant des chasseurs-bombardiers Soukhoï Su-22 sous le gouvernement post-Assad. Des images distinctes ont circulé en ligne ces derniers jours, montrant apparemment des Su-22 effectuant des vols d’entraînement au-dessus du nord de la Syrie. Kan a également rapporté que des responsables sécuritaires israéliens avaient fait part de leurs inquiétudes concernant le programme d’aviation militaire syrien à Washington. Israël n’a pas publiquement établi de lien entre la frappe de mardi et ces développements, et l’élément déclencheur immédiat de l’attaque demeure incertain.
Si le choix du moment s’avère délibéré, cette frappe indiquerait cependant qu’Israël est prêt à perturber la reconstruction militaire de la Syrie dès un stade précoce plutôt que d’attendre que de nouvelles capacités deviennent opérationnelles. Contrairement à de nombreuses opérations israéliennes précédentes en Syrie, qui ciblaient les transferts d’armes iraniennes, les infrastructures liées au Hezbollah ou les systèmes de défense antiaérienne, Abou al-Douhour semble avoir été visée en raison de son rôle dans la reconstruction des capacités militaires conventionnelles propres à la Syrie.
Cette attaque intervient également sur fond de tensions croissantes entre Israël et la Turquie au sujet de la Syrie. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a accusé Israël, plus tôt ce mois-ci, de fragiliser la stabilité syrienne par des frappes militaires répétées, tandis que le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a mis en garde le président Recep Tayyip Erdogan contre toute action qu’Israël jugerait mençante le long de sa frontière nord. Aucun des deux gouvernements n’a commenté spécifiquement la frappe sur Abou al-Douhour.
Reste à savoir si l’opération de mardi visait simplement à endommager des infrastructures militaires ou à fixer de nouvelles limites à la reconstruction militaire syrienne. Ce qui apparaît de plus en plus clairement, en revanche, c’est qu’Israël surveille étroitement les efforts du gouvernement post-Assad pour restaurer ses capacités militaires conventionnelles, et semble prêt à agir avant que ces capacités n’arrivent à maturité.


