Le président russe Vladimir Poutine a menacé de représailles contre le transport maritime européen en cas de saisie de navires liés à la Russie, faisant monter d’un cran une confrontation maritime qui relie désormais l’application des sanctions, le trafic commercial et les opérations militaires en mer Noire. Poutine a tenu ces propos en visitant un navire de guerre russe lors d’exercices de la flotte du Pacifique au large de l’île de Sakhaline, le 12 août, avant de se rendre le lendemain à Itouroup, dans les îles Kouriles contestées, selon l’AP et le Financial Times. Cette visite à Itouroup, condamnée par le Japon comme inacceptable, est venue renforcer le message de puissance militaire et de défi territorial adressé par Moscou.
L’avertissement de Poutine intervient alors que les États européens intensifient leurs efforts contre la « flotte fantôme » russe — ce réseau de navires utilisés pour écouler le pétrole russe sous sanctions, via des structures de propriété opaques et des pavillons de complaisance. Il a qualifié de « piraterie » toute éventuelle saisie de navires russes et a affirmé que Moscou pourrait riposter au-delà des seules eaux où des navires russes seraient visés, selon l’AP et Reuters. Cette menace a émergé sur fond d’un autre point de tension en mer Noire : le Financial Times a rapporté que le vice-président américain JD Vance s’était entretenu avec le président Volodymyr Zelensky le 31 juillet, après que Washington avait fait part de ses inquiétudes concernant des frappes ukrainiennes touchant le terminal du consortium de l’oléoduc de la Caspienne (CPC) à Novorossiisk, ainsi que les intérêts d’entreprises énergétiques américaines.
L’Ukraine a par la suite frappé Novorossiisk, visant des moyens navals russes mais endommageant également des infrastructures portuaires commerciales, dont des installations d’exportation de céréales, selon le Financial Times. Cette attaque a démontré la capacité de l’Ukraine à menacer le dispositif militaire russe en mer Noire. Elle a également accentué la pression sur les marchés agricoles mondiaux, déjà fragilisés par la guerre, a rapporté The Guardian.
La Russie a, dans le même temps, intensifié ses attaques contre les routes d’exportation maritimes ukrainiennes, notamment les infrastructures d’Odessa et du Danube. L’Ukraine a ensuite proposé, par l’intermédiaire d’un médiateur non identifié, une cessation mutuelle des attaques contre des cibles civiles en mer Noire. Moscou a affirmé n’avoir reçu aucune proposition formelle en ce sens, a rapporté Reuters.
La confrontation se joue désormais sur deux fronts liés : l’Ukraine utilise drones et missiles pour contester la suprématie navale russe et perturber sa logistique en mer Noire, tandis que Moscou cherche à se ménager un levier en menaçant le transport maritime international et les routes commerciales mondiales. L’avertissement de Poutine sur la saisie de navires étend ce levier au-delà du champ de bataille immédiat, en liant le sort du transport maritime commercial à la campagne plus vaste d’application des sanctions et de lutte contre la flotte fantôme. Reste à savoir si Moscou mettra ses menaces à exécution contre le transport maritime européen — c’est là l’inconnue qui continue de façonner le théâtre de la mer Noire.


