Israël affirme que ses forces ont pris le contrôle opérationnel de la crête stratégique d’Ali al-Taher, dans le sud du Liban, et ont délogé les combattants du Hezbollah des tunnels situés en dessous, achevant une opération qui menaçait de déclencher une confrontation plus large avec l’Iran. Cette crête a été, pendant des mois, l’une des positions les plus disputées de la campagne israélienne contre le Hezbollah. Sa prise, si elle est confirmée, constituerait l’une des revendications territoriales israéliennes les plus importantes dans le sud du Liban depuis le début de la présente phase des combats.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré vendredi que l’opération était achevée et que les troupes avaient délogé les combattants du Hezbollah du réseau souterrain. L’armée israélienne a indiqué que certains combattants du Hezbollah avaient été tués tandis que d’autres avaient échappé aux forces israéliennes, selon Reuters. Reuters n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante la revendication de contrôle formulée par Israël, et le Hezbollah n’avait pas immédiatement réagi.
Ali al-Taher s’élève à environ 600 mètres au-dessus du territoire environnant et se situe juste au nord du fleuve Litani, surplombant les axes menant vers Nabatieh et la région d’Iqlim al-Tuffah. Des troupes de la 36e division de l’armée israélienne opéraient dans cette zone, alors qu’Israël cherchait à isoler la crête et que le Hezbollah se préparait à en défendre les positions. Sa situation et son altitude ont fait d’Ali al-Taher l’un des points de terrain les plus stratégiquement importants du sud du Liban et un obstacle central aux tentatives de stabilisation de la région.
L’armée israélienne affirme que ses troupes ont découvert un vaste complexe souterrain du Hezbollah sous la crête, comprenant des salles d’opérations, des zones de stockage d’armes et d’équipements, des générateurs, des dortoirs, des douches et une cuisine. Israël affirme que cette infrastructure avait été conçue pour permettre aux combattants de rester sous terre pendant de longues périodes et qu’elle avait été développée sur environ deux décennies grâce à un financement iranien. Ces affirmations n’ont pas été vérifiées de manière indépendante.
Le contrôle de ces hauteurs renforcerait la position israélienne autour du territoire saisi lors de son offensive de mars et restreindrait davantage la capacité du Hezbollah à opérer dans une zone qui faisait autrefois partie de son réseau défensif au sud de Nabatieh. Cela mettrait également à l’épreuve un avertissement lancé par Téhéran seulement un jour avant l’annonce par Israël de l’achèvement de l’opération. L’Iran avait averti Washington qu’il répondrait avec force si Israël lançait une offensive contre les positions du Hezbollah sur Ali al-Taher, a rapporté Reuters.
Israël affirme désormais avoir achevé précisément une telle opération, ce qui soulève la question de savoir si Téhéran donnera suite à son avertissement. L’Iran n’a pas annoncé de réponse militaire à la revendication israélienne, bien que l’absence de réaction immédiate n’établisse pas que Téhéran ait renoncé à agir. Les enjeux sont particulièrement élevés, car Washington et Téhéran ont récemment repris les combats directs autour du détroit d’Ormuz après une pause d’un mois, alors même que l’Iran a proposé de revenir à l’accord intérimaire de juin si les États-Unis en font de même.
Une intervention iranienne directe au sujet du Liban pourrait donc relier deux fronts demeurés jusqu’à présent militairement distincts. Rien n’indique que du personnel iranien ait été présent ou ait subi des pertes lors de l’opération israélienne à Ali al-Taher. La confrontation rapportée par Israël reste, pour l’heure, celle opposant les forces israéliennes aux combattants du Hezbollah, malgré le soutien politique et matériel de l’Iran au groupe libanais.
L’annonce israélienne complique également le cadre du cessez-le-feu de juin. Israël a étendu sa présence dans le sud du Liban depuis le lancement de son offensive de mars et continue d’occuper un territoire qu’il juge nécessaire pour empêcher le Hezbollah de reconstituer des positions près de la frontière. L’armée israélienne affirme qu’elle entend, à terme, passer à un déploiement défensif après la destruction de l’infrastructure souterraine d’Ali al-Taher, mais elle n’a pas annoncé son retrait de la crête.
Cette distinction pèsera dans les négociations en vue d’un règlement plus durable. Pour le Liban, un retrait israélien du territoire saisi pendant les combats est essentiel au rétablissement de l’autorité de l’État dans le sud, tandis qu’Israël a exigé des garanties que le Hezbollah ne reviendra pas sur des positions à partir desquelles il pourrait menacer le nord d’Israël. Le contrôle d’Ali al-Taher donnerait à Israël un levier supplémentaire sur ces deux questions.
Cette avancée militaire se déroule parallèlement à un effort diplomatique visant à maintenir les négociations en vie. Israël a libéré cinq détenus libanais dans le cadre de mesures de confiance négociées par les États-Unis, affirmant qu’aucun d’entre eux n’avait de liens avec des groupes armés. Le président libanais Joseph Aoun les a qualifiés de « premier lot », selon Reuters, ce qui laisse entrevoir de nouvelles libérations.
Ces développements tirent dans des directions opposées. Israël et le Liban prennent des mesures limitées destinées à soutenir les négociations, tandis qu’Israël affirme, dans le même temps, avoir consolidé son contrôle militaire sur l’une des positions les plus importantes du sud du Liban. L’avenir d’Ali al-Taher s’inscrit donc dans le différend plus large sur la question de savoir si le territoire conquis pendant les combats deviendra un levier de négociation temporaire ou une zone de sécurité israélienne plus permanente.
Katz et d’autres responsables israéliens ont déclaré à plusieurs reprises qu’Israël entendait maintenir indéfiniment des zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza, une position dont Washington a déjà dit qu’elle entrait en contradiction avec les termes des dispositifs de cessez-le-feu. Pour l’heure, cependant, le contrôle d’Ali al-Taher par Israël demeure une revendication militaire qui n’a pas été vérifiée de manière indépendante. Le Hezbollah n’a pas publiquement reconnu avoir perdu la crête, tandis que l’Iran n’a pas encore donné suite à son avertissement selon lequel une offensive israélienne à cet endroit provoquerait une réponse.


