La Corée du Sud envisage d’envoyer des moyens militaires pour soutenir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, ce qui pourrait faire entrer un autre allié majeur des États-Unis dans les opérations de sécurité autour de cette voie navigable, alors que les combats se poursuivent entre Washington et Téhéran. La présidence a déclaré vendredi que des mesures militaires figuraient parmi les options à l’étude, tout en soulignant qu’aucune décision de déploiement n’avait été prise. Les médias sud-coréens ont rapporté que les contributions envisagées pourraient inclure un avion de patrouille maritime P-8A Poseidon, un navire de soutien logistique naval et une unité de lutte contre les mines chargée de détecter et de déminer, selon Reuters.
Séoul discute de contributions possibles avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Le président Lee Jae-myung pourrait également aborder la question lors de sa rencontre avec le président français Emmanuel Macron, à l’occasion d’une visite d’État attendue au cours de la deuxième semaine de septembre, marquant le 140e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Macron avait déjà évoqué l’idée d’une initiative française de sécurité maritime dans le détroit lors de sa propre visite d’État à Séoul en avril, où il avait également qualifié d’irréaliste une opération militaire visant à forcer la réouverture d’Ormuz.
Tout déploiement militaire sud-coréen se heurterait à d’importantes contraintes politiques et juridiques. Les déploiements à l’étranger nécessitent l’approbation de l’Assemblée nationale, et la présidence a indiqué que toute contribution devrait être mise en balance avec le maintien de la préparation militaire sur la péninsule coréenne. Un sondage Gallup Korea réalisé en mars a révélé que 55 % des personnes interrogées s’opposaient à l’envoi de navires de guerre sud-coréens vers Ormuz, contre 30 % qui y étaient favorables.
Le débat s’est néanmoins intensifié depuis plusieurs mois. Le ministre sud-coréen de la Défense, Ahn Gyu-back, a déclaré en mai que Séoul envisageait une contribution progressive après des discussions avec le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, allant potentiellement d’un soutien politique et d’un partage de renseignements jusqu’à l’envoi de personnel ou de moyens militaires. La Corée du Sud examinait également la possibilité de participer au Maritime Freedom Construct, dirigé par les États-Unis et créé pour protéger la navigation dans le détroit, avait alors rapporté Reuters.
Le président Donald Trump a publiquement fait pression sur les alliés des États-Unis pour qu’ils contribuent à la sécurisation d’Ormuz et a récemment accusé la Corée du Sud de refuser d’aider les États-Unis dans leur guerre contre l’Iran. Séoul semble toutefois envisager un rôle plus restreint, centré sur la sécurité maritime, plutôt qu’une participation à des attaques sur le territoire iranien. Un avion de patrouille, un navire logistique et une unité de lutte contre les mines permettraient à la Corée du Sud d’apporter des capacités de surveillance, de soutien logistique et de déminage à un effort multinational, sans placer ses forces dans un rôle de frappe directe.
La Corée du Sud a des raisons économiques substantielles de vouloir maintenir le détroit ouvert. L’an dernier, elle dépendait d’Ormuz pour 61 % de ses importations de pétrole brut et 54 % de ses importations de naphta. Le trafic maritime dans ce couloir demeure fortement perturbé : seuls quatre navires de commerce ont été recensés en transit jeudi, contre une moyenne de 15 sur dix jours, selon des données de Kpler relayées par Reuters.
Un déploiement servirait donc un intérêt immédiat de la Corée du Sud, celui de protéger l’un de ses corridors énergétiques les plus importants, tout en rapprochant ses forces d’un conflit actif entre les États-Unis et l’Iran. Il mettrait également à l’épreuve la mesure dans laquelle Séoul est disposée à répondre à la pression de ses alliés, alors que ses planificateurs militaires demeurent concentrés sur la dissuasion face à la Corée du Nord.
Pour l’heure, la Corée du Sud s’est abstenue d’engager des forces. Mais en envisageant ouvertement des missions de surveillance, de logistique et de déminage autour d’Ormuz, Séoul fait évoluer la question : il ne s’agit plus de savoir si elle doit soutenir les efforts visant à rouvrir le détroit, mais sous quelle forme ce soutien pourrait se concrétiser.


