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La Russie a remplacé Wagner. La violence, elle, n’a pas cessé

July 31, 2026
10 Min Read
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l'Africa Corps russe a remplacé Wagner au Mali, sous un contrôle étatique plus étroit, mais les meurtres de civils et les revers sur le terrain se sont poursuivis, à mesure que la crise sécuritaire du pays s'aggrave. Source : Alexander Koerner / Getty Images
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La Russie a changé le nom de sa présence militaire au Mali. Elle en a changé la structure de commandement. Ce qu’elle n’a pas clairement changé, en revanche, c’est le schéma de violences qui avait accompagné Wagner dans le Sahel.

Contents
  • Wagner est parti. Moscou a repris un contrôle plus étroit
  • La promesse sécuritaire russe sous pression
  • Les préjudices civils peuvent devenir un handicap militaire

La dernière accusation en date concerne Kyrnia, un village de la région centrale malienne de Mopti. Huit civils, dont trois enfants, auraient été tués dans des frappes aériennes liées à la Russie, le 15 juin. Des enquêteurs cités par Reuters ont indiqué que ces frappes avaient touché le domicile du chef du village ainsi qu’un marché aux bestiaux, et qu’aucun combattant n’avait été identifié parmi les victimes. L’Associated Press a rapporté les mêmes constats, précisant que le ministère russe de la Défense n’avait pas souhaité commenter. Cette attribution demeure une allégation, et non une conclusion vérifiée de manière indépendante.

Mais cet incident importe surtout en raison de ce que la Russie a changé autour de lui.

Wagner est parti. Moscou a repris un contrôle plus étroit

Wagner s’est formellement retiré du Mali en juin 2025, remplacé par l’Africa Corps, une force opérant sous un contrôle étatique russe bien plus étroit. L’aperçu régional Afrique de l’ACLED a décrit cette transition comme un basculement vers une supervision organisationnelle plus directe de la part de Moscou. Contrairement à Wagner, dont la structure d’entreprise conférait au Kremlin une certaine distance formelle vis-à-vis de ses opérations à l’étranger, l’Africa Corps inscrit l’intervention russe de manière plus ouverte au sein de l’appareil militaire de l’État.

Cette distinction compte en matière de responsabilité. Le fait de placer le personnel russe sous un contrôle militaire étatique plus clair renforce le lien entre sa conduite et l’État russe. Mais cela n’établit pas automatiquement de responsabilité de commandement individuelle pour les violations alléguées. Une telle démonstration exigerait des preuves quant à qui exerçait un commandement effectif, ce que les commandants savaient ou auraient dû savoir, et s’ils ont pris des mesures raisonnables pour prévenir ces violations ou en sanctionner les responsables. La frappe de Kyrnia elle-même demeure une allégation, et aucune responsabilité individuelle de ce type n’a été établie.

Ce qui est plus clair, en revanche, c’est que ce basculement institutionnel n’a produit aucune réduction visible des préjudices subis par les civils. Selon des données de l’ACLED citées dans des travaux consacrés au bilan civil au Sahel, les forces maliennes, associées à Wagner puis à l’Africa Corps, ont tué 918 civils en 2025, contre 232 civils tués par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et l’État islamique – province du Sahel. Ces chiffres ne rendent pas ces acteurs équivalents — les groupes djihadistes ont perpétré massacres, blocus et enlèvements dans toute la région —, mais ils montrent le lourd tribut payé par les populations civiles dans le cadre du modèle de contre-insurrection mené par Bamako et ses partenaires russes.

La promesse sécuritaire russe sous pression

Les dirigeants militaires maliens se sont tournés vers la Russie après avoir progressivement écarté la France et la mission des Nations unies, présentant Moscou comme un partenaire capable de restaurer la souveraineté et le territoire national sans conditions politiques occidentales. Wagner et les forces maliennes avaient repris Kidal en 2023, l’une des victoires symboliques les plus importantes de la junte.

Mais l’intervention russe se heurte à un problème familier de toute contre-insurrection : aider les forces gouvernementales à s’emparer de positions stratégiques ou à les défendre ne revient pas à créer la présence sécuritaire et politique nécessaire pour tenir durablement un territoire. L’Africa Corps peut fournir une puissance de feu, protéger des routes et appuyer les opérations maliennes, mais un contrôle durable dépend en définitive de la capacité de l’État à maintenir sécurité et autorité une fois l’opération achevée.

Cette faiblesse est devenue manifeste en avril 2026, lorsque le JNIM et le Front de libération de l’Azawad ont lancé une offensive coordonnée à l’échelle nationale contre des villes et des positions militaires. Selon l’ACLED, cette offensive a permis de reprendre Kidal et contraint les forces maliennes et russes à se retirer d’une grande partie de la région environnante, inversant ainsi l’une des réussites les plus célébrées du gouvernement. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a également été tué lors de l’assaut mené contre Kati.

La pression exercée par les groupes armés s’est poursuivie. En juillet, des insurgés ont lancé des attaques coordonnées contre des positions de l’armée, de Gao et Sévaré jusqu’à des zones du sud du Mali. Reuters a rapporté que ces combats ont de nouveau démontré la capacité des groupes armés à opérer sur plusieurs fronts, malgré des années d’expansion du soutien militaire russe.

Le problème pour Bamako ne se résume donc pas à la seule question de savoir si les forces russes peuvent remporter tel ou tel engagement. Il s’agit de savoir si ces opérations produisent une sécurité durable. Reprendre un territoire perd une grande partie de sa valeur stratégique si les groupes armés peuvent y revenir, rouvrir des fronts ailleurs ou continuer de menacer les routes et les communautés reliant les zones tenues par le gouvernement.

Les préjudices civils peuvent devenir un handicap militaire

La contre-insurrection ne se joue pas uniquement sur l’usure des forces adverses sur le champ de bataille. L’État doit également protéger les populations civiles, maintenir son autorité et empêcher les groupes armés d’exploiter les griefs locaux. C’est précisément à ce niveau que les exactions contre les civils cessent d’être une simple question de responsabilité pour devenir un enjeu stratégique.

Des opérations qui tuent des civils, ou qui traitent des communautés soupçonnées de soutenir des combattants comme de simples prolongements de l’insurrection, peuvent creuser la méfiance envers le gouvernement et ses partenaires étrangers. Le JNIM a combiné violence et coercition avec fiscalité et formes d’autorité parallèle dans les zones où la présence de l’État est faible. Les préjudices infligés aux civils par des forces alliées au gouvernement offrent à de tels groupes un grief supplémentaire à exploiter, même si les combattants eux-mêmes demeurent responsables de violences étendues contre les populations civiles.

L’Africa Corps se trouve donc confronté à la même contradiction que Wagner avant lui. Une puissance de feu importante peut permettre de s’emparer d’une zone ou de protéger une route, mais des opérations abusives ou indiscriminées peuvent saper le contrôle politique que ces gains militaires sont censés produire. Une force peut ainsi remporter un engagement tout en rendant plus difficile la bataille, plus longue, pour obtenir la coopération des populations civiles.

L’ACLED estime que le partenariat militaire de la Russie avec les gouvernements du Sahel a produit des résultats stratégiques limités. L’Africa Corps a contribué à défendre des routes, escorter des convois et appuyer les forces gouvernementales, mais les groupes armés ont continué, dans plusieurs parties de la région, à étendre ou à reconquérir du terrain.

C’est là toute la portée de l’affaire de Kyrnia. L’Africa Corps n’est pas simplement Wagner sous un autre nom. Sa structure diffère, Moscou y exerce un contrôle plus direct, et la Russie assume plus ouvertement la paternité d’une intervention militaire autrefois menée par le biais d’une organisation nominalement privée.

La question la plus difficile est de savoir si le modèle sécuritaire sous-jacent, lui, a changé en conséquence. Les éléments observés au Mali plaident, jusqu’ici, en faveur d’une continuité substantielle : un soutien russe étroit au régime militaire, des opérations de contre-insurrection agressives, de graves allégations de préjudices civils, et des gains sur le terrain qui se sont, à plusieurs reprises, révélés difficiles à convertir en sécurité durable.

La Russie a remplacé Wagner par une force plus étroitement liée à l’État. Elle n’a pas encore démontré que cette nouvelle structure pouvait produire un résultat différent.

TAGGED:AfricaCorpsInfluenceRusseJNIMMaliProtectionDesCivilsRussieSahelWagner
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