Trois suspects prévoyaient une attaque incendiaire contre une usine exploitée par le fabricant de drones ukrainien Skyeton dans l’est de la Slovaquie, a indiqué jeudi le parquet, identifiant ainsi la cible visée par un complot qui, selon la police, aurait pu mettre en danger environ 70 personnes. Les enquêteurs affirment que les suspects ont agi sur commande, mais les autorités n’ont pas identifié qui avait ordonné l’attaque ni accusé la Russie d’y être impliquée. Le plan a été déjoué avant de pouvoir être mis à exécution.
Le parquet régional de Prešov a confirmé que l’installation de Skyeton était la cible visée, a rapporté Reuters. Les suspects sont deux ressortissants lettons et un Ukrainien. Deux ont été interpellés en Slovaquie, tandis qu’un Letton de 26 ans a été arrêté à Hambourg en vertu d’un mandat d’arrêt européen et fait l’objet d’une procédure d’extradition.
La police avait annoncé ces arrestations plus tôt dans la semaine sans nommer l’entreprise. Les enquêteurs ont indiqué avoir saisi un mélange incendiaire, des outils, des téléphones portables, une caméra embarquée et un plan dessiné à la main, en lien avec l’opération présumée. Environ 70 personnes étaient attendues sur le site au moment prévu de l’attaque, selon Euronews, ce qui laisse entrevoir un risque de victimes, en plus de dégâts importants.
Skyeton produit le Raybird, un drone de reconnaissance à longue endurance conçu en Ukraine et développé pour des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance. L’implantation slovaque de l’entreprise s’inscrit dans son expansion hors d’Ukraine, bien que le ministre slovaque de la Défense, Robert Kaliňák, ait déclaré que le site produit pour les marchés occidentaux plutôt que de fournir directement les forces ukrainiennes. Le ciblage présumé soulève néanmoins des préoccupations sécuritaires autour de la fabrication, sur le territoire de l’Otan, de technologies militaires conçues en Ukraine.
Skyeton a laissé entendre que la Russie pourrait être derrière ce complot présumé, en évoquant de précédentes tentatives d’attaques contre ses installations en Ukraine. Les enquêteurs slovaques n’ont toutefois pas rendu public le nom du commanditaire présumé des suspects, ni démontré d’implication russe. Si une implication de l’État russe venait à être confirmée, cette affaire s’inscrirait dans un schéma plus large d’opérations de sabotage présumées en Europe, que des gouvernements occidentaux ont attribuées aux services de renseignement russes et à des intermédiaires recrutés par eux.
Cette affaire survient dans un contexte de préoccupation croissante face aux attaques visant des entreprises de défense européennes et des infrastructures liées à l’Ukraine. Les gouvernements européens ont accusé la Russie d’être impliquée dans des incendies criminels, des actes de sabotage et d’autres opérations clandestines depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, bien que ces précédents ne constituent pas en eux-mêmes une preuve de la responsabilité de Moscou dans le complot visant Skyeton.
L’extension de la production vers des pays de l’Otan et de l’UE réduit l’exposition des entreprises de défense ukrainiennes à la menace directe du champ de bataille à l’intérieur de l’Ukraine, mais le complot présumé visant Skyeton montre que les installations situées à l’étranger peuvent être confrontées à des risques sécuritaires différents. À mesure que les fabricants ukrainiens se développent à travers l’Europe, la sécurité physique et les mesures de lutte contre le sabotage devraient prendre une importance croissante, aux côtés de la protection de la production à l’intérieur même de l’Ukraine.


