Un tribunal angolais a condamné deux ressortissants russes pour une opération présumée visant à déstabiliser le pays avant l’élection de 2027. Le consultant politique Igor Ratchine a été condamné à 11 ans de prison, et l’interprète Lev Lakchtanov à 8 ans, pour des chefs d’accusation allant de l’espionnage au terrorisme, passibles de jusqu’à 15 ans ; les comptes rendus divergent quant à savoir lesquels, parmi les onze chefs d’accusation, ont donné lieu à ces condamnations.
Selon l’accusation, les deux hommes auraient diffusé de fausses informations parmi les manifestants antigouvernementaux lors des troubles liés à la hausse des prix du carburant en 2025, qui avaient fait des dizaines de morts, recruté des militants locaux, préparé une nouvelle vague de manifestations et prévu de financer l’opposition, l’UNITA. Les prévenus ont nié les accusations, affirmant être venus créer un centre culturel, une « Maison russe » ; leurs avocats ont indiqué que le dossier ne comportait aucune preuve de terrorisme.
Ratchine avait travaillé sur des campagnes électorales régionales en Russie ; Lakchtanov était depuis longtemps interprète militaire en Angola. Les deux hommes étaient liés à Africa Politology, un réseau que le département du Trésor américain a rattaché au « bureau Afrique » de consultants de Prigojine, chargé de manipuler la vie politique africaine. Meta a documenté des réseaux d’origine russe ciblant la République centrafricaine, le Mozambique, le Soudan, la Libye et d’autres États, à travers des pages présentées comme locales. Selon des enquêtes journalistiques et des médias en langue russe, après la mort de Prigojine en 2023, ce projet serait passé sous la coupe de l’administration présidentielle et du SVR, bien qu’aucun tribunal n’ait établi ce lien.
Moscou a gardé ses distances : l’ambassade s’est bornée à apporter un soutien consulaire, et des sources citées par la BBC indiquent que les autorités russes considèrent cette opération comme non officielle. L’Angola s’est ainsi opposé à une forme désormais familière d’influence politique russe — une influence structurée, comme toujours, pour permettre à Moscou de nier toute implication.


