Le 33e Forum régional de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), à Pasay, dans la région métropolitaine de Manille, n’a pas été un lieu où les États-Unis, la Russie et la Chine sont venus régler leurs différends. Il est plutôt devenu une enceinte où chacun a géré, simultanément, un défi stratégique distinct : Washington a cherché à préserver ses canaux diplomatiques avec Moscou sur l’Ukraine tout en rassurant ses alliés asiatiques dans le contexte de la guerre en Iran, tandis que Pékin a continué de faire valoir ses revendications maritimes en mer de Chine méridionale, malgré la montée des tensions régionales. L’agenda du secrétaire d’État Marco Rubio — détaillé dans l’avis de voyage officiel du département d’État américain — couvrait la Conférence post-ministérielle de l’ASEAN, la réunion des ministres des Affaires étrangères du Sommet de l’Asie de l’Est, ainsi que le Forum régional de l’ASEAN lui-même, ce qui souligne à quel point Washington a abordé ce rassemblement comme une campagne diplomatique unique plutôt que comme une série de rencontres distinctes.
La reprise de la guerre entre les États-Unis et l’Iran s’est imposée comme l’un des thèmes dominants du forum. Rubio a indiqué que les discussions, tout au long de la semaine, avaient porté sur l’évolution de la situation au Moyen-Orient, la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et la sécurité en mer de Chine méridionale, reflétant les inquiétudes de l’Asie du Sud-Est quant au fait que l’instabilité autour du détroit d’Ormuz et les attaques contre le transport maritime commercial pourraient perturber le commerce et les approvisionnements énergétiques dont dépendent de nombreuses économies régionales.
La rencontre Rubio-Lavrov elle-même se comprend mieux comme un maintien du dialogue que comme le lancement de négociations. Les discussions ont duré environ 35 minutes, selon Reuters et l’Associated Press. Par la suite, le département d’État américain s’est borné à indiquer que les deux hommes avaient évoqué les relations bilatérales et « la nécessité de mettre fin à la guerre russo-ukrainienne », sans dévoiler de propositions concrètes. Ni Washington ni Moscou n’ont laissé entendre que cette rencontre avait produit une avancée diplomatique. Rubio a réaffirmé, avant les discussions, que les États-Unis et la Russie — les deux plus grandes puissances nucléaires du monde — devaient préserver des canaux de travail malgré de profonds désaccords sur l’Ukraine. La Russie, de son côté, a répété sa position de longue date, se disant ouverte à « une résolution politique et diplomatique », tout en poursuivant ses opérations militaires et en maintenant ses exigences de négociation existantes.
La mer de Chine méridionale a rappelé que les tensions régionales continuent de s’aggraver, même si l’attention mondiale s’est déplacée vers le Moyen-Orient. Le forum a suivi deux confrontations distinctes entre des navires chinois et philippins survenues la même semaine, dont un nouvel incident au canon à eau près du récif Scarborough, jeudi. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a mis en garde son homologue philippine, Theresa Lazaro, contre le fait de s’appuyer sur des puissances extérieures dans ce différend territorial. Certains analystes régionaux estiment que Pékin pourrait percevoir une marge de manœuvre accrue pour intensifier sa pression maritime, alors que l’attention diplomatique de Washington se trouve partagée entre le Moyen-Orient, l’Ukraine et l’Indo-Pacifique.
Aucun des trois principaux volets diplomatiques du forum n’a débouché sur une avancée. Ces rencontres illustrent plutôt une transformation plus large de la diplomatie internationale : des organisations régionales conçues à l’origine pour le dialogue entre États voisins deviennent de plus en plus des enceintes où les grandes puissances gèrent simultanément plusieurs crises mondiales. Plutôt que de séparer sécurité régionale et sécurité mondiale, l’ASEAN se retrouve désormais à la croisée des deux.


