Les forces chinoises et philippines ont été impliquées dans trois confrontations sur deux récifs disputés de la mer de Chine méridionale entre le 20 et le 24 juillet, faisant deux blessés parmi le personnel philippin et exposant des navires gouvernementaux à des canons à eau et à des manœuvres dangereuses de rapprochement.
Aucun de ces incidents n’a franchi le seuil du conflit armé. Leur fréquence, ainsi que leur caractère de plus en plus physique, mettent toutefois à l’épreuve la gestion de crise entre la Chine et un allié des États-Unis lié par un traité de défense, alors que l’ASEAN et Pékin tentent d’achever un code de conduite maritime depuis longtemps en suspens.
La première confrontation a eu lieu le 20 juillet près du récif Second Thomas, où les Philippines maintiennent un détachement militaire à bord du BRP Sierra Madre échoué. L’armée philippine a affirmé que des agents des garde-côtes chinois avaient frappé un marin à coups de matraques en bois. La Chine a pour sa part indiqué que des embarcations philippines avaient percuté ses navires de patrouille et attaqué son personnel à l’aide de rames et de bâtons.
Des images examinées par l’Associated Press montrent bien un contact physique, sans toutefois permettre de trancher entre les versions opposées quant à l’origine de la confrontation. L’incident s’inscrit dans une série de tentatives chinoises visant à bloquer l’accès philippin à cet avant-poste.
Les garde-côtes philippins ont ensuite évacué deux membres du personnel blessés. Ils ont affirmé que des navires chinois avaient effectué des manœuvres de blocage durant l’opération médicale. L’une des victimes présentait une blessure à la tête causée par un traumatisme contondant ; l’autre a subi une blessure à la main.
Des navires chinois ont ensuite affronté des bâtiments des garde-côtes et des services des pêches philippins près du récif de Scarborough, les 23 et 24 juillet, alors que les navires philippins distribuaient du carburant et de la nourriture à des pêcheurs philippins. Manille a indiqué qu’un navire chinois avait utilisé son canon à eau pendant plus de deux minutes le 23 juillet, sans faire de blessés.
Le 24 juillet, des navires chinois ont de nouveau eu recours à des canons à eau contre deux bâtiments des services des pêches philippins. L’un des navires chinois se serait approché à moins de sept mètres d’un navire philippin, créant un risque sérieux de collision. Les garde-côtes chinois ont reconnu avoir eu recours à des canons à eau, à des avertissements et à des mesures de blocage, tout en affirmant que les navires philippins étaient entrés illégalement dans des eaux revendiquées par la Chine et que leur réponse était conforme au droit.
L’ACLED décrit ce type d’actions comme relevant de tactiques de zone grise : des mesures coercitives maintenues en deçà du seuil d’un conflit ouvert. Navires des garde-côtes et de milices maritimes, canons à eau et manœuvres de rapprochement permettent à Pékin de faire valoir ses revendications tout en préservant une incertitude quant à ce qui constituerait une attaque armée. Ces mêmes méthodes accroissent toutefois le risque qu’une collision ou un accident mortel ne provoque une escalade non maîtrisée.
Un tribunal arbitral avait, en 2016, rejeté le fondement juridique des revendications maritimes extensives de la Chine et conclu que Pékin avait violé les droits de pêche traditionnels des Philippins au large du récif de Scarborough. Il ne s’était pas prononcé sur la souveraineté du site. La Chine rejette cette décision.
Ces affrontements sont survenus alors que des diplomates de l’ASEAN et de Chine se réunissaient à Manille. La secrétaire aux Affaires étrangères philippine, Theresa Lazaro, a indiqué que les négociateurs se réunissent chaque mois et visent à conclure le code de conduite cette année. Sa nature juridique et sa portée géographique demeurent toutefois indéterminées.
Le risque pour l’alliance est réel, mais ne doit pas être surestimé. Les directives de défense bilatérales entre les États-Unis et les Philippines prévoient qu’une attaque armée contre les forces, aéronefs ou navires publics philippins, y compris les navires des garde-côtes, déclencherait les engagements de défense mutuelle. Aucun des incidents rapportés n’a, à ce jour, été officiellement qualifié d’attaque armée.
Les prochains indicateurs à surveiller seront de savoir si de nouvelles rencontres provoquent des victimes graves, impliquent des collisions volontaires ou des abordages, rapprochent davantage les forces navales, ou débouchent sur un code de conduite assorti de contraintes juridiquement contraignantes et d’un mécanisme crédible de traitement des violations.


