L’Espagne a envoyé des troupes et plusieurs centaines de policiers supplémentaires à Ceuta, après que des milliers de personnes ont pénétré dans l’enclave nord-africaine depuis le Maroc, submergeant les autorités frontalières et transformant une semaine de forte hausse des arrivées en une crise sécuritaire et humanitaire majeure.
Le gouvernement a dépêché 60 militaires et 200 policiers supplémentaires pour renforcer la sécurité, après l’entrée de migrants par voie terrestre et maritime, selon Reuters. Les forces armées ont été déployées pour appuyer la Garde civile dans le maintien de l’ordre à Ceuta. Des images filmées dans l’enclave montraient des personnes nageant autour des barrières côtières, utilisant des bouées et forçant les portails frontaliers.
La télévision publique espagnole TVE a estimé qu’entre 2 000 et 3 000 personnes étaient entrées à Ceuta jeudi, bien que ce chiffre n’ait pas immédiatement été confirmé de manière indépendante. L’Associated Press a rapporté vendredi qu’au moins 18 personnes étaient mortes en tentant de rejoindre l’enclave, soit le double du bilan précédemment annoncé, qui s’élevait à neuf morts.
Cette arrivée massive fait suite à plusieurs jours de pression croissante. Plus de 1 500 personnes avaient déjà rejoint Ceuta à la nage depuis le Maroc au cours de la semaine précédente, submergeant les structures d’accueil et laissant certains arrivants dormir à la rue.
La géographie de Ceuta rend cette crise particulièrement difficile à contenir. Un périmètre terrestre fortifié sépare l’enclave du Maroc, mais nombre des arrivants récents ont tenté de contourner les infrastructures frontalières en nageant autour des barrières côtières. Cet itinéraire s’est révélé à plusieurs reprises dangereux, en particulier lorsqu’un grand nombre de personnes entrent simultanément dans l’eau.
Ceuta et Melilla, plus à l’est, constituent les deux territoires espagnols sur la côte nord-africaine et forment les seules frontières terrestres de l’Union européenne avec l’Afrique. La pression migratoire y est donc devenue, à plusieurs reprises, à la fois un défi humanitaire et une question politiquement sensible entre Madrid et Rabat.
L’ampleur de ce dernier afflux rappelle inévitablement celui de mai 2021, lorsque quelque 8 000 personnes étaient entrées à Ceuta en l’espace de deux jours environ, après un relâchement des contrôles frontaliers marocains, dans le contexte d’une confrontation diplomatique avec l’Espagne.
Cette fois-ci, les circonstances diffèrent. Les forces de sécurité marocaines se sont efforcées d’empêcher les franchissements et de renforcer la frontière, alors que des milliers d’autres personnes se rassemblaient près de la ville voisine de Fnideq. Reuters a rapporté que les forces marocaines avaient utilisé des canons à eau et repoussé des foules éloignées des points de passage. Les autorités espagnoles ont également insisté sur leur coopération avec Rabat. Aucune preuve confirmée n’indique que le Maroc ait facilité ce dernier afflux.
L’élément déclencheur de cette vague demeure incertain. L’un des facteurs examinés est un arrêt de la Cour suprême espagnole, rendu le 8 juillet, qui a limité le recours aux renvois immédiats à la frontière pour les personnes interceptées alors qu’elles tentaient de rejoindre Ceuta ou Melilla à la nage.
La Cour a jugé que la disposition spéciale autorisant un rejet immédiat à la frontière s’applique aux personnes tentant de franchir des ouvrages physiques de confinement, tels que des clôtures frontalières, mais ne s’applique pas automatiquement aux migrants interceptés en mer. Cet arrêt faisait suite à l’affaire d’un ressortissant algérien renvoyé au Maroc après avoir été intercepté alors qu’il nageait en direction de Ceuta.
Certains responsables et détracteurs du gouvernement ont suggéré que cette décision aurait pu encourager les tentatives de rejoindre l’enclave par la mer. Mais ce lien n’a pas été établi. El País a rapporté, avant l’arrivée massive de jeudi, que des spécialistes des migrations doutaient que cet arrêt explique à lui seul cette hausse, soulignant que les tentatives de traversée à la nage augmentent régulièrement lorsque les conditions estivales facilitent cet itinéraire.
Cette crise survient également alors que l’Espagne poursuit une politique migratoire plus large, centrée sur le statut légal et l’intégration. Le gouvernement du Premier ministre Pedro Sánchez a lancé en juin un Plan d’intégration et de citoyenneté doté de 500 millions d’euros, incluant régularisation, voies de migration légale, mesures pour l’emploi et soutien supplémentaire aux services publics. Sánchez a fait valoir qu’un élargissement de la migration légale et de l’intégration pouvait coexister avec un renforcement du contrôle des arrivées irrégulières.
Pour Ceuta, toutefois, l’urgence immédiate se joue à la frontière. Des milliers d’autres personnes se sont rassemblées autour de Fnideq dans la nuit de jeudi à vendredi, malgré le renforcement du dispositif sécuritaire marocain, certaines tentant de rejoindre Ceuta par des itinéraires montagneux ou par la mer.
Ce déploiement militaire donne aux autorités espagnoles une capacité supplémentaire pour rétablir le contrôle, mais ne résout ni les conditions qui poussent les migrants vers l’enclave, ni les conséquences juridiques et logistiques une fois qu’ils y sont parvenus. Ceuta a déjà connu par le passé des vagues migratoires. La rapidité de celle-ci a de nouveau montré à quelle vitesse la pression exercée sur un petit territoire espagnol peut se transformer en un défi sécuritaire pour Madrid, et en une crise à la frontière méridionale de l’Union européenne.


