L’initiative de dialogue soudanais soutenue par l’armée crée une apparence de mouvement politique, mais le processus ne saurait devenir un véritable effort de paix tant qu’il exclut l’un des deux belligérants armés de la guerre. Des consultations proches de l’armée avancent à Addis-Abeba, en Éthiopie, tandis que les Forces de soutien rapide (FSR), en guerre contre l’armée soudanaise depuis avril 2023, restent absentes de la table des négociations. Reconnaître cette réalité ne signifie pas cautionner les FSR ni traiter leurs vecteurs politiques comme des acteurs civils ordinaires — cela revient à admettre une règle fondamentale pour mettre fin aux guerres : des négociations qui excluent l’un des belligérants parviennent rarement à arrêter les combats qu’elles sont censées résoudre.
Un camp antiguerre divisé
L’étiquette de « forces antiguerre » masque de réelles divisions au sein de l’opposition civile soudanaise. Une coalition de groupes politiques soudanais antiguerre s’est réunie à Addis-Abeba le 22 août pour examiner des propositions de paix et répondre à l’appel au dialogue national lancé par le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhane, selon Sudan Tribune. Cette réunion de deux jours, rendue possible par l’armée, a rassemblé des signataires de la Déclaration de principes soudanaise, le Parti du Congrès populaire, de sensibilité islamiste, ainsi qu’une faction du Parti Oumma dirigée par Mubarak al-Fadil, aux côtés d’organisations de la société civile.
Plusieurs acteurs importants restent en dehors des pourparlers du 22 août. Sudan Tribune a rapporté que l’alliance Somoud d’Abdalla Hamdok et le Mouvement de libération du Soudan d’Abdel Wahid al-Nour ont exprimé leur scepticisme quant à l’idée de négocier à l’intérieur du Soudan tant que les combats se poursuivent, faisant valoir qu’une médiation internationale et un cessez-le-feu à l’échelle nationale devraient précéder tout dialogue politique global. Leur absence souligne à quel point la prétention de la coalition à représenter un front civil unifié demeure fragile.
La stratégie de légitimation de Burhane
Burhane a présenté cette initiative comme inclusive et menée par les Soudanais eux-mêmes. Le 15 août, à l’occasion du 72e anniversaire des Forces armées soudanaises (FAS), il a promis une immunité temporaire ainsi que des garanties juridiques, politiques et sécuritaires aux participants au dialogue. Cette offre ne constitue pas une grâce totale. Elle suspend les poursuites pénales engagées contre les participants uniquement pendant la durée de leur participation, sans porter atteinte aux droits des plaignants initiaux, de sorte que les dossiers puissent reprendre une fois le dialogue achevé.
Cette distinction transforme l’offre en un instrument d’ingénierie politique. Pour les figures de l’opposition et de la société civile visées par des accusations graves, cette immunité conditionnelle fonctionne comme un levier plutôt que comme un soulagement : elle peut attirer certains opposants triés sur le volet dans un processus contrôlé, tout en laissant les FAS libres de rouvrir des poursuites contre quiconque s’écarterait de la ligne fixée. Ce dispositif permet à l’armée de paraître inclusive tout en conservant les instruments coercitifs qui déterminent qui participe, et à quelles conditions. Al Jazeera a également rapporté que Burhane a exclu toute « paix incomplète » qui ramènerait au pouvoir le commandant des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, et ses partisans, insistant sur le fait qu’une paix véritable doit d’abord passer par le retrait des FSR des villes qu’elles occupent.
Des fronts civils rivaux
Ce schéma dépasse la seule initiative de Burhane. Le dialogue interne des FAS et l’Alliance fondatrice du Soudan, proche des FSR et connue sous le nom de Tasees, fonctionnent désormais comme des fronts civils rivaux de légitimation, plutôt que comme des voies parallèles vers la paix. Chaque belligérant cherche à s’entourer de partenaires civils.
Aucune réaction immédiate des FSR à la réunion de dialogue du 22 août à Addis-Abeba n’a été rapportée ni vérifiée de manière indépendante. Le circuit institutionnel censé encadrer le processus plus large est tout aussi divisé. Le Quintette — l’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), la Ligue arabe, l’Union européenne et les Nations unies — affirme poursuivre ses consultations avec les acteurs soudanais en vue d’un processus politique crédible et véritablement piloté par les Soudanais, tandis qu’un autre circuit, mené par les États-Unis et soutenu par le Quad, s’est concentré plus étroitement sur le cessez-le-feu et l’accès humanitaire. Reuters a rapporté qu’une proposition américaine, discutée avec les deux camps, prévoyait une trêve humanitaire, des pourparlers en vue d’un cessez-le-feu permanent, des retraits limités des FSR et une transition dirigée par des civils, tandis que le gouvernement dominé par l’armée s’opposait à toute solution en deçà d’un retrait complet des FSR des villes occupées. Les FSR ne sont pas restées à l’écart de ce circuit : Sudan Tribune a rapporté qu’elles avaient soumis, mi-juillet, leur propre réponse à cette même proposition négociée sous médiation américaine, acceptant sur le principe une trêve humanitaire tout en rejetant l’exigence de retrait, et fixant leurs propres conditions concernant les dispositifs de sécurité, la restructuration des institutions de l’État, la justice transitionnelle et un dialogue politique en vue d’un gouvernement de transition. Le Conseil de sécurité et de défense soudanais, présidé par Burhane, a soumis une réponse concurrente la même semaine, et les contre-propositions des deux camps demeurent non conciliées.
Cette division laisse aux deux belligérants une marge de manœuvre. Les pourparlers politiques peuvent progresser pendant que les négociations sur le cessez-le-feu s’enlisent, de sorte qu’une avancée sur un circuit n’engage en rien l’autre. Le Soudan dispose désormais de multiples formats de dialogue, de fronts civils rivaux et de contre-propositions de cessez-le-feu concurrentes, mais toujours d’aucune séquence reliant cessez-le-feu, accès humanitaire, autorité civile et obligation de rendre compte des crimes de guerre. Tant que cette séquence n’existera pas, les pourparlers d’Addis-Abeba resteront un processus politique se déroulant parallèlement à la guerre, plutôt qu’une voie vers sa fin.


