La Pologne et les États baltes renforcent la sécurité autour de leurs infrastructures critiques, après que des évaluations du renseignement ont averti que la Russie pourrait tenter une attaque sous faux drapeau à l’aide de drones ukrainiens capturés, selon un article de Reuters. « Nous ne sommes pas naïfs, nous voyons les informations, nous lisons entre les lignes et nous faisons nos devoirs », a déclaré à Reuters le ministre lituanien de la Défense, Robertas Kaunas, dans un article fondé sur des entretiens avec des responsables polonais, lituaniens et lettons, ainsi qu’avec des représentants régionaux du renseignement et des infrastructures.
La Lituanie a déployé du personnel militaire pour protéger plusieurs sites stratégiques, dont le terminal de gaz naturel liquéfié de Klaipėda, un terminal de produits pétroliers, l’interconnexion électrique LitPol Link avec la Pologne, ainsi que la centrale hydroélectrique de pompage-turbinage de Kruonis. En Lettonie, le Premier ministre Andris Kulbergs a indiqué que la sécurité avait été renforcée autour du barrage de la Daugava, près de Riga, et de l’installation souterraine de stockage de gaz d’Inčukalns, alors que les gouvernements de la région réévaluent la vulnérabilité de leurs infrastructures critiques.
La Pologne a elle aussi accru sa vigilance. La compagnie énergétique Orlen, qui importe environ 80 % du gaz du pays via le terminal GNL de Świnoujście et la connexion Baltic Pipe vers la Norvège, examine des routes d’importation alternatives en cas de perturbation, tandis que l’opérateur de gazoducs Gaz-System a indiqué opérer sous des procédures de sécurité renforcées. Polskie Elektrownie Jądrowe, l’entreprise pilotant le premier projet nucléaire polonais, a indiqué que des documents falsifiés, destinés à semer la confusion parmi les parties prenantes, étaient récemment apparus en ligne et avaient été retracés jusqu’à des sources situées « à l’est de la Pologne ». L’entreprise a précisé enquêter sur cet incident avec les autorités judiciaires.
Cette inquiétude s’enracine dans de récents incidents de drones ayant déjà compliqué toute attribution. À la suite des frappes ukrainiennes à longue portée contre les terminaux pétroliers russes d’Oust-Louga et de Primorsk, plus tôt cette année, des drones égarés ou déroutés ont pénétré l’espace aérien lituanien le 23 mars, puis franchi les frontières lettone et estonienne deux jours plus tard. Le 7 mai, un drone que l’on croit avoir dévié en territoire letton, après des opérations visant la Russie, a explosé dans une installation pétrolière à Rēzekne, provoquant la démission de la Première ministre d’alors, Evika Siliņa, et du ministre de la Défense, Andris Sprūds. Moscou a depuis accusé les États baltes de laisser l’Ukraine lancer des attaques depuis leur territoire — des allégations rejetées comme relevant de la désinformation, tant par les autorités lettones qu’ukrainiennes.
Des responsables craignent qu’une véritable opération sous faux drapeau, utilisant des drones ukrainiens capturés, ne ressemble initialement à un simple nouvel incident de drone égaré traversant la frontière, retardant l’attribution durant les premières heures critiques d’une crise, et compliquant potentiellement la réponse politique de l’OTAN. Bien que les responsables aient souligné qu’aucun élément n’indique qu’une telle attaque serait imminente, le ministre polonais de la Défense a averti le mois dernier que les stocks russes de drones ukrainiens capturés pourraient, à terme, être retournés contre le territoire de l’OTAN. La Russie a démenti mener des opérations hybrides contre des membres de l’OTAN.
Ces mesures traduisent un basculement plus large dans la planification sécuritaire, le long du flanc oriental de l’OTAN, où les gouvernements considèrent de plus en plus les attaques hybrides contre les infrastructures critiques — sabotage, cyberopérations, désinformation et opérations sous faux drapeau — comme un défi plus immédiat qu’un assaut militaire conventionnel.


