Des États membres de l’Otan et de l’UE font pression sur l’Espagne et la Grèce pour qu’elles transfèrent des missiles intercepteurs Patriot, en particulier des PAC-2, à l’Ukraine, selon Bloomberg, qui a rapporté que ces demandes avaient été formulées au cours de l’été par des canaux diplomatiques discrets. Les deux pays disposent de stocks relativement importants de PAC-2, dont une partie approche de la fin de sa durée de vie certifiée, mais la Grèce a refusé à plusieurs reprises d’en faire don, invoquant ses propres besoins en défense antiaérienne dans un contexte de tensions avec la Turquie. L’Ukraine aurait demandé à Athènes 200 intercepteurs PAC-2 en particulier ; la Grèce n’a confirmé aucun transfert.
Cette pression intervient alors que la Russie intensifie ses frappes aériennes sur l’Ukraine, ce qui met à rude épreuve les stocks d’intercepteurs existants de Kiev. Les stocks américains et européens de Patriot ont également été réduits par la guerre parallèle contre l’Iran, tandis que la production de nouveaux missiles fait face à de longs délais de fabrication. Une réunion informelle des ministres de la Défense de l’UE, organisée sous la présidence irlandaise, se tient du 31 août au 1er septembre à Wicklow, le soutien à l’Ukraine constituant la première session de travail, bien que des responsables décrivent ce format comme un dialogue stratégique confidentiel plutôt qu’une instance de décision, rendant improbable tout engagement contraignant à cette occasion.
L’Espagne a livré à ce jour cinq intercepteurs PAC-2, un chiffre égalé par l’Allemagne, selon l’Atlantic Council, et la Pologne a livré cinq PAC-3 malgré une contestation politique intérieure. L’Allemagne a fait don d’environ un tiers de ses systèmes Patriot au total, ce qui constitue la plus importante contribution européenne. La Norvège est envisagée comme intermédiaire potentiel dans le cadre d’un dispositif d’achat-transfert, consistant à acheter des intercepteurs PAC-2 à une nation détentrice puis à les céder à son tour, un mécanisme censé compenser financièrement les pays cédant un stock encore éloigné de sa date de péremption certifiée, plutôt que de leur demander d’en faire don pur et simple. Le Service européen pour l’action extérieure de l’UE mène par ailleurs des discussions séparées avec la Corée du Sud et le Japon. Le principal obstacle pour Séoul relève du droit interne : sa loi sur le commerce extérieur restreint les exportations d’armes vers les zones de conflit actif, une interdiction légale que le pays a dit à plusieurs reprises « examiner » sans jamais la modifier. Le Japon a levé en avril 2026 sa propre interdiction d’exportation d’armes létales, mais son stock de Patriot a été produit sous licence américaine, ce qui signifie qu’un transfert nécessiterait probablement le consentement de Washington en vertu des règles de retransfert à des tiers — une contrainte distincte, mais aggravée par la réticence des deux pays à s’aliéner la Chine.
La résistance de la Grèce est directement liée à sa rivalité stratégique avec la Turquie et à sa réticence à affaiblir son propre dispositif de défense antiaérienne, faisant écho au schéma observé lors des précédentes campagnes de dons de Patriot : les alliés demeurent réticents à réduire des systèmes jugés essentiels à leur défense nationale, même à mesure que leurs stocks vieillissent vers l’obsolescence.
Deux dynamiques suivent des calendriers distincts et ne doivent pas être confondues. La question immédiate est de savoir si l’Espagne, la Grèce, ou un accord négocié par la Norvège, permettront de livrer des intercepteurs PAC-2 existants avant l’hiver, période où les frappes russes contre le réseau électrique ukrainien se sont historiquement intensifiées ; c’est là l’écart que seuls les stocks actuels peuvent combler. Séparément, Kiev évalue s’il convient d’orienter la prochaine tranche du programme de prêts de 90 milliards d’euros de l’UE vers de nouveaux systèmes Patriot ou vers le système franco-italien SAMP/T NG, et les gouvernements européens soutiennent également le projet antibalistique Freyja, lancé en juillet 2026. Ces deux volets, qu’il s’agisse d’acquisition ou de développement, n’affecteront pas les défenses aériennes de l’Ukraine cet hiver, quel qu’en soit le résultat, selon l’Atlantic Council.


