Un attentat à la bombe a tué Fawzi al-Mansouri, chef du renseignement militaire de l’Armée nationale libyenne de Khalifa Haftar, lorsqu’un engin explosif a détoné dans son véhicule devant son domicile, dans le quartier de Hawari à Benghazi, le 10 août, a rapporté Reuters, citant deux sources sécuritaires. Le commandement de Haftar l’a qualifié de « martyr », promettant de punir les responsables. Aucun groupe n’a revendiqué cet attentat.
Mansouri dirigeait le renseignement militaire de l’ANL depuis 2024, après avoir précédemment commandé des forces dans la région méridionale de Sebha. Cet assassinat surprend moins par le rang de la victime que par le lieu où il s’est produit. Benghazi constitue le cœur administratif et sécuritaire du commandement oriental de Haftar, et la réussite d’un tel attentat y révèle des failles au sein d’une structure sécuritaire qui projetait un contrôle assuré depuis des années.
Ce moment est politiquement sensible. La Libye a consacré des mois à de nouveaux efforts visant à combler son clivage est-ouest, y compris des pourparlers sur l’unification sécuritaire menés par la MANUL à Benghazi, ainsi qu’un effort de médiation pakistanais jusqu’ici non signalé, a rapporté Reuters en juillet, ayant proposé un plan de transition de 36 mois faisant du fils de Haftar, Saddam, le président d’un Conseil présidentiel conjoint, tandis que Haftar conserverait l’autorité sur le budget. Massad Boulos, conseiller présidentiel américain pour l’Afrique, a par ailleurs plaidé pour une intégration économique et militaire entre les camps rivaux, selon l’agence de presse officielle libyenne. Toute instabilité à Benghazi risque de se propager à la structure de commandement contribuant à sécuriser le Croissant pétrolier et les terminaux d’exportation de l’est, compliquant ce cadre soutenu par les États-Unis.
Les alignements de la Libye demeurent mêlés, plutôt que nettement pro-occidentaux ou pro-russes. Le bloc oriental de Haftar bénéficie depuis longtemps du soutien de la Russie, de l’Égypte et des Émirats arabes unis, tout en s’engageant dans la diplomatie actuelle de Washington. Le Gouvernement d’unité nationale, basé à Tripoli, demeure reconnu internationalement et plus proche de la Turquie. L’assassinat de Mansouri ne devrait pas, à lui seul, mettre fin aux négociations, mais il rappelle que l’ouverture politique de la Libye repose encore sur des fondations sécuritaires fragiles.


