L’Europe entre dans une phase plus dangereuse de confrontation hybride, alors que plusieurs gouvernements enquêtent sur des incidents touchant des infrastructures critiques, la logistique militaire, la production d’armement et, plus récemment, la sécurité de personnes liées à l’effort de guerre ukrainien. Ces incidents font l’objet d’enquêtes distinctes et ne doivent pas être automatiquement considérés comme relevant d’une seule et même campagne avérée, mais leur concentration ces derniers jours a accru l’inquiétude à travers le continent.
Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a déclaré le 13 août que l’Agence de sécurité intérieure polonaise et la police, en coopération avec des services américains, avaient arrêté le 7 août un ressortissant russe soupçonné d’avoir fomenté un complot visant à assassiner à Varsovie un citoyen binational ukraino-américain. Tusk a qualifié ce cas de premier exemple connu d’une opération russe visant un citoyen américain en territoire de l’Otan, précisant que l’homme visé était « gênant pour le régime de Poutine », selon l’AP. Les autorités n’ont pas révélé l’identité ni la profession de la cible. L’AP note que cette affaire s’inscrit dans une série plus large de complots déjoués visant des personnalités liées à l’Ukraine sur le territoire de pays membres de l’Otan, dont un complot déjoué contre le dirigeant d’une entreprise allemande d’armement fournissant l’Ukraine.
Le 13 août, une explosion a frappé l’usine de munitions KNDS Ammo Italy, à Colleferro, près de Rome, provoquant un vaste incendie. Aucun blessé n’a été signalé, et le parquet italien a ouvert une enquête pour incendie criminel, selon l’ANSA et l’AP. Indépendamment de la production propre de cette usine, KNDS, le groupe franco-allemand qui en est propriétaire, exploite une filiale à Kiev soutenant l’effort de guerre ukrainien, selon KNDS.
Trois jours plus tôt, le 10 août, une explosion avait touché l’usine de munitions bulgare EMCO, près de Triavna, un autre fabricant fournissant des munitions à l’Ukraine, après qu’un camion de livraison avait pris feu et enflammé un entrepôt, selon la télévision nationale bulgare. EMCO et les autorités bulgares ont indiqué que la cause semblait interne, sans preuve d’ingérence extérieure.
Le jour même de l’explosion de Colleferro, une autre explosion a frappé une installation de stockage pétrolier du groupe Gunvor, dans le port de Rotterdam, faisant un mort. Les autorités ont d’abord évoqué un accident industriel, selon Reuters.
Le cas allemand illustre cette tendance plus large. Début août, les autorités ont enquêté sur un drone chargé d’explosifs retrouvé à proximité d’un avion-cargo ukrainien, à l’aéroport de Leipzig/Halle. Les services de renseignement américains auraient évalué une possible implication russe, selon une information révélée en premier lieu par le Wall Street Journal, puis reprise par The Guardian, bien que les autorités allemandes n’aient formulé aucune attribution définitive. Le 12 août, le gouvernement fédéral allemand a approuvé un projet de loi élargissant les pouvoirs des services de renseignement BND et BfV, selon l’AP.
La Pologne et les pays baltes ont, de leur côté, renforcé la protection de leurs infrastructures critiques après que des évaluations du renseignement avaient mis en garde contre de possibles opérations hybrides russes — une accusation que la Russie dément —, selon Reuters.
Pris isolément, la plupart de ces incidents ont des causes non élucidées ou explicitement non hostiles. Mais rapprochés d’un complot d’assassinat déjoué en territoire de l’Otan, ils montrent des gouvernements européens réagissant moins à une attaque unique et confirmée qu’au poids cumulé de menaces parallèles, dans une période où l’attribution elle-même demeure le fait le plus contesté.


