La Russie achemine par la mer Caspienne des composants de drones, des munitions et du TNT vers l’Iran, aidant Téhéran à reconstituer des stocks épuisés par les frappes américaines et israéliennes, selon un document gouvernemental européen obtenu par NBC News et vérifié par un responsable occidental. Plus de deux douzaines de navires russes ont livré ce matériel au port iranien d’Amirabad, inversant le rôle qu’occupait auparavant l’Iran en tant que principal fournisseur de drones de la Russie. La convention juridique de 2018 sur la Caspienne interdit aux forces militaires non riveraines d’y opérer, ne laissant aux marines occidentales aucune base juridique pour intercepter ces livraisons. Ce soutien ne se limite pas au matériel : des responsables américains ont indiqué au New York Times, le 11 août, que la Russie avait également partagé avec l’Iran des « tactiques de drones avancées », dont une méthode d’essaim relayé qu’ont utilisée les Iraniens pour abattre un F-15E américain en avril, adaptée de la guerre menée par la Russie en Ukraine.
L’Ukraine a affirmé avoir frappé le 25 juillet, en mer Caspienne, des navires transportant du fret militaire entre l’Iran et la Russie ; l’Iran a de son côté indiqué qu’une de ces attaques avait touché un navire commercial iranien, tuant un marin. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a qualifié cette frappe de violation de la Charte des Nations unies qui « ne saurait rester sans réponse », et Téhéran a convoqué en signe de protestation le chargé d’affaires ukrainien, selon Al Jazeera. L’Iran aurait envisagé une frappe balistique symbolique contre un port ukrainien en représailles, selon un résumé publié par le Kyiv Post d’un article du New York Times, avant d’abandonner ce projet après des contacts diplomatiques entre Araghchi et son homologue ukrainien.
Cet épisode illustre à quel point les guerres d’Ukraine et d’Iran sont désormais imbriquées sur le plan logistique, le même corridor caspien acheminant aujourd’hui des armes dans les deux sens entre Moscou et Téhéran. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a par ailleurs accusé la Russie de partager avec l’Iran des données de surveillance satellitaire concernant les États du Golfe et des installations militaires américaines. Aucun mécanisme diplomatique public ne semble à ce jour se pencher directement sur cette route d’armement caspienne.


