Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune discussion avec l’Iran n’était en cours ni prévue, mettant fin au canal diplomatique censé prendre le relais du mémorandum d’entente (MOU) intérimaire entre Washington et Téhéran, qui avait expiré lundi. Cette déclaration contredisait directement les propos de l’émissaire spécial Jared Kushner, qui avait affirmé la veille à Fox News que les discussions avec l’Iran étaient « probablement plus soutenues qu’elles ne l’ont peut-être jamais été ». Ce revirement de Trump a laissé le canal diplomatique censé succéder au MOU expiré sans perspective claire.
Le statut du détroit contesté
Trump a également publié sur Truth Social une carte présentant le détroit d’Ormuz comme un « nouveau territoire américain », tout en affirmant que le blocus naval américain visant les ports iraniens restait en vigueur et que le détroit lui-même demeurait ouvert à la navigation. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré devant les députés que le détroit ne rouvrirait pas tant que Washington n’aurait pas satisfait aux conditions du MOU : levée du blocus naval, fin des sanctions pétrolières, déblocage des avoirs iraniens gelés, et cessation des menaces et opérations militaires sur tous les fronts. Ce mémorandum avait brièvement stabilisé le trafic maritime dans le Golfe après son entrée en vigueur à la mi-juin, avant que de nouvelles frappes iraniennes contre des navires commerciaux, débutées le 7 juillet, n’inversent cette reprise.
Des missiles tirés vers les Émirats arabes unis
La crise s’est encore aggravée mardi soir, lorsque le ministère émirien de la Défense a annoncé que ses défenses antiaériennes avaient détecté deux missiles balistiques tirés depuis l’Iran en direction du pays, l’un retombant dans les eaux territoriales émiriennes et l’autre à l’extérieur. Il s’agissait du premier incident de ce type signalé contre les Émirats arabes unis depuis une frappe du 4 mai visant le port de Fujairah. L’Iran n’a pas immédiatement réagi, et aucune confirmation indépendante de la version émirienne n’a pu être obtenue au-delà de sa propre déclaration.
Cet incident est survenu le même jour où le mouvement houthiste du Yémen, qui reçoit armes et soutien de Téhéran, a affirmé avoir frappé à l’aide de drones une raffinerie de pétrole saoudienne d’Aramco à Jazan, dans le cadre d’un blocus plus large annoncé le mois dernier par le groupe contre le transport maritime lié à l’Arabie saoudite. Les Houthis ont par ailleurs été accusés par les Émirats arabes unis d’avoir attaqué des pétroliers appartenant à l’ADNOC transitant par le détroit d’Ormuz, bien que l’Iran n’ait revendiqué aucune de ces attaques. Téhéran fournit depuis longtemps aux Houthis armes et entraînement, ce qui lui offre un second front pour faire pression sur les États du Golfe sans que sa responsabilité directe soit établie.
Des marchés pétroliers sous tension
Les cours du pétrole ont atteint leur plus haut niveau depuis juillet après l’échec des discussions, le baril de Brent franchissant les 91 dollars mardi — sa troisième hausse quotidienne consécutive — les investisseurs intégrant la perspective d’une perturbation prolongée du trafic maritime dans le Golfe. Le trafic commercial dans le détroit s’était déjà fortement réduit au cours du week-end, avec seulement cinq navires ayant transité samedi et aucun dimanche, contre 31 le week-end précédent. Des données de Kpler datant de fin juillet montraient que les passages liés au commerce étaient tombés d’une base de référence post-MOU d’environ 33 transits quotidiens à seulement quatre par jour après la reprise des frappes iraniennes contre des navires commerciaux début juillet, avec un rebond bref et de courte durée avant l’effondrement des discussions cette semaine.
Les analystes de Kpler situent pour l’heure à 110 dollars le plafond probable du Brent, à condition que la Chine reste en retrait du marché en tant qu’acheteur marginal — les importations chinoises de brut se maintiennent autour de 7 millions de barils par jour, bien en deçà des quelque 11 millions de barils par jour observés avant le conflit. Avant la guerre, le détroit acheminait environ un cinquième du pétrole échangé dans le monde et environ un cinquième des échanges mondiaux de GNL, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie.
Les discussions sur Gaza également dans l’impasse
L’échec des pourparlers avec l’Iran survient alors que la diplomatie américaine au Moyen-Orient est, plus largement, également bloquée. Kushner s’est entretenu avec le chef politique du Hamas, Khalil al-Hayya, en Égypte, dimanche 16 août, avant de se rendre à Jérusalem pour une rencontre de deux heures avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, lundi 17 août. Aucune de ces deux rencontres n’a permis de percée sur la feuille de route en 15 points élaborée sous l’égide du Board of Peace, l’organe créé par les États-Unis pour superviser le cessez-le-feu à Gaza, que Netanyahou avait publiquement rejetée la semaine précédente, insistant sur le fait que les forces israéliennes ne se retireraient pas et n’autoriseraient pas la reconstruction tant que le Hamas ne serait pas entièrement désarmé. Le Hamas a indiqué qu’il ne commencerait pas à se désarmer sans un engagement public de Netanyahou envers le plan, laissant les conditions préalables des deux camps non satisfaites.
Les frappes israéliennes se sont poursuivies à Gaza. Une frappe aérienne israélienne a tué au moins six Palestiniens et en a blessé 14 autres mardi, lorsqu’un avion de chasse a tiré deux missiles sur un café situé dans un port de pêche de l’ouest de la ville de Gaza, ont indiqué les autorités sanitaires de Gaza. L’armée israélienne a affirmé que la frappe visait des commandants du Hamas, dont l’un aurait pris part à l’attaque du 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre ; le Hamas a accusé Israël de chercher à saboter le plan de cessez-le-feu, tout en affirmant rester attaché à l’accord. Des frappes israéliennes au Liban ont par ailleurs continué de fragiliser la trêve entre Israël et le Hezbollah.
Le mécanisme régional à l’œuvre est de plus en plus visible. Téhéran utilise l’accès au détroit d’Ormuz, l’allègement des sanctions et ses avoirs gelés comme leviers de pression sur Washington, tandis que le tir de missiles quasi simultané vers les Émirats arabes unis, les frappes israéliennes à Gaza et au Liban, et l’impasse de la feuille de route pour le cessez-le-feu, procèdent tous du même différend sous-jacent sur qui doit assumer le coût de la fin de la guerre. Washington a cherché à traiter séparément la sécurité maritime du Golfe et le dossier du cessez-le-feu à Gaza, mais les événements de cette semaine suggèrent que les acteurs régionaux continuent, eux, de considérer droits de transit, sanctions, pression militaire et concessions sur le cessez-le-feu comme des leviers de négociation étroitement liés.


