L’alliance rebelle M23, soutenue par le Rwanda, a imposé de nouvelles restrictions aux déplacements des civils dans l’est de la République démocratique du Congo, alors qu’une épidémie d’Ebola due à l’espèce Bundibugyo du virus se propage dans un pays divisé entre autorités rivales. Le M23 a annoncé que les taxis collectifs reliant Goma et Kirumba seraient suspendus pendant un mois à compter de samedi, tandis que la circulation en pirogue serait interrompue sur certaines routes du lac Édouard, après que deux voyageurs en provenance de Lubero, zone sous contrôle gouvernemental, ont été testés positifs en territoire contrôlé par le M23.
Ces restrictions montrent également comment le M23 utilise la gestion de la santé publique pour asseoir son rôle d’autorité gouvernante de facto. En pilotant une riposte à Ebola largement séparée de celle de Kinshasa, en déclarant son territoire exempt de la maladie en juin, et en réglementant désormais les déplacements en provenance des zones sous contrôle gouvernemental, les rebelles exercent des fonctions normalement réservées à l’État. Ce système parallèle ajoute une couche supplémentaire de fragmentation à une riposte épidémique déjà entravée par l’insécurité, les déplacements de population et les difficultés à retracer les contacts entre des zones contrôlées par des autorités différentes.
Cette épidémie est déjà la plus importante jamais recensée au Congo. Au 18 août, le pays comptait 5 208 cas confirmés et 2 476 décès, répartis dans 56 zones de santé au sein de six provinces, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, citant des données du gouvernement congolais. L’Organisation mondiale de la santé a décrit une épidémie en phase de « transmission intense », précisant que l’insécurité et les attaques visant des structures de santé ont perturbé la surveillance et restreint l’accès des équipes de riposte.
Aucun vaccin ni traitement spécifique n’est à ce jour homologué contre la maladie à virus Bundibugyo. Le Congo doit néanmoins recevoir 70 000 doses du vaccin Ervebo de Merck, homologué contre le virus Ebola Zaïre mais actuellement évalué pour une possible protection contre l’espèce Bundibugyo. 20 000 doses sont destinées à un essai de phase 3, et 50 000 autres aux travailleurs de première ligne et aux personnels de santé.
L’OMS déconseille les restrictions générales de voyage ou de commerce avec les pays touchés par Ebola, privilégiant la surveillance, la détection précoce des cas et le traçage des contacts. Dans l’est du Congo, les restrictions imposées sur les itinéraires officiels comportent un risque supplémentaire si les voyageurs se reportent vers des itinéraires alternatifs moins surveillés, ce qui complique encore la surveillance épidémiologique.
L’arrivée d’une protection vaccinale expérimentale pourrait offrir un nouvel outil aux autorités sanitaires, mais elle ne résout pas le problème politique sous-jacent à cette épidémie. La maîtrise d’Ebola continue de dépendre de la capacité de Kinshasa, des agences sanitaires internationales et du M23 à suivre les infections et les déplacements de population dans une zone de conflit divisée entre autorités rivales.


